Carlos, un combattant contre l’Empire

Cette année, les éditions Kontre Kulture ont publié le livre Carlos, un combattant contre l’Empire.

Préfacé de manière élégante par Dieudonné, cet ouvrage se décline en deux parties. La première moitié est un recueil de textes de soutien à Carlos qui émanent de personnalités, aussi diverses que des écrivains, des hommes de loi ou des militants anti-impérialistes et pro-palestiniens. Ces textes brillent tous par leur éloquence. Maître Damien Viguier, qui défend notamment Alain Soral, rappelle avec justesse que le Droit et la Justice n’ont rien à voir dans cette affaire. Effectivement, le kidnapping de Carlos au Soudan, sous la supervision du ministre de l’Intérieur de l’époque Charles Pasqua, avait peu de choses en commun avec la légalité.

La deuxième partie est l’occasion pour Carlos de s’exprimer directement à un public plus large. Il raconte notamment des épisodes de son enfance et sa rencontre avec l’écrivain Jean-Paul Sartre. Il adresse également des lettres à Nelson Mandela et à Hugo Chavez. Carlos évoque aussi ses conditions actuelles de détention à la prison de Poissy. Deux chapitres sont particulièrement palpitants pour ceux qui s’intéressent à l’histoire contemporaine, ceux où Carlos donne son propre récit de deux opérations armées qui ont eu un retentissement majeur au niveau international dans les années 70.

Il a, en effet, directement participé à la prise d’otages du siège de l’OPEP à Vienne en 1975.  Cette opération, dans laquelle Kadhafi était également impliqué, visait principalement l’Arabie Saoudite qui avait contribué à faire chuter les prix du pétrole et amoindri l’utilisation de cette matière première comme arme face aux pays qui apportaient un soutien actif à Israël. Quelques mois avant la prise d’otage des dirigeants de l’OPEP, le roi d’Arabie Saoudite, Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud, connu pour son soutien aux nationalistes palestiniens, était assassiné par son neveu Fayçal ben Moussaid. Cet assassinat a mis un coup d’arrêt à un possible rapprochement entre l’Arabie Saoudite et la cause palestinienne. La politique adoptée par le royaume wahhabite dans les années suivantes confirmeront cette tendance à s’aligner avec les intérêts américano-sionistes.

La deuxième opération spectaculaire est celle de la prise d’otage d’un avion d’Air France en provenance de Tel-Aviv qui a duré de fin juin à début juillet 1976. Les preneurs d’otages avaient pris le contrôle de l’avion et s’étaient dirigés vers Entebbe en Ouganda. Le commando du FPLP, composé de Palestiniens mais aussi de deux Allemands, avait gardé les passagers israéliens en vue de les échanger contre des prisonniers pro-palestiniens détenus en Israël et dans le monde. Israël avait fait semblant de négocier avec les preneurs d’otages puis avait envoyé un commando qui était parvenu à ramener la plupart des otages sains et saufs en Israël. La version israélienne avait présenté cette opération comme une grande victoire et n’avait admis la perte qu’un seul de ses militaires, le chef du commando Yonatan Netanyahou, qui n’était autre que le frère de l’actuel Premier ministre. Cette version est contredite par Carlos et par d’autres qui évoquent le chiffre de 49 soldats israéliens tués pendant l’opération. Les médias français et occidentaux reprendront allègrement la version officielle israélienne sans trop se poser de questions :

Cet ouvrage a le mérite de rétablir une certaine vérité à propos du champion de l’anti-impérialisme dont l’image a été constamment salie par les médias institutionnels et par les politiciens au service du système. Il permet à Carlos d’adresser son message au delà des murs de la prison à un public qui est loin d’être satisfait avec la version officielle. Celle-ci, en réalité, ne fait que servir les intérêts des adversaires d’Ilich Ramírez Sánchez. C’est également l’occasion pour le public qui ne connaitrait pas encore l’histoire de ce combattant révolutionnaire de le découvrir. Il constatera qu’il est l’antithèse parfaite d’un certain philosophe qui arbore des chemises blanches et qui ne mérite même pas que son nom soit cité ici.

Alimuddin Usmani

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