Entretien avec Dieudonné

L’humoriste franco-camerounais Dieudonné jouera son tout dernier spectacle « La Guerre » à Fontainemelon en Suisse le 12 et le 13 janvier prochains. L’artiste s’exprime en exclusivité pour Lapravda.ch sur sa venue en Suisse, ainsi que sur l’actualité récente et notamment à propos de la mort du chanteur de rock Johnny, décédé le 6 décembre 2017.

 

Tout d’abord, au nom de la rédaction, je vous remercie de bien vouloir nous accorder cet entretien. 

Dieudonné, le 12 et le 13 janvier prochains vous jouerez votre tout dernier spectacle « La Guerre » à Fontainemelon dans le canton de Neuchâtel. Pourquoi avoir choisi cette salle pour votre venue en Suisse?

J’ai déjà joué mes spectacles précédents dans cette salle. Et puis la personne qui organise ma tournée rencontre quelques difficultés, à Nyon notamment. Il y a une telle pression des organisations racistes-je les appelle ainsi-comme la CICAD et d’autres organisations qui ne veulent pas de cette culture qui, certainement, les dérange. Ils ont fait savoir, lors de mes spectacles précédents, qu’ils n’appréciaient pas mon humour. Ce sont eux qui organisent ma censure en Suisse. C’est en tout cas comme ça que je le vois. Ils font pression sur les municipalités pour qu’elles ne programment pas mes spectacles.

En janvier 2014, l’hebdomadaire GHI avait interviewé votre producteur en Suisse et avait titré son article : « Les Suisses adorent Dieudo »  

Que pensez-vous de ce titre qui contraste sensiblement avec le traitement médiatique en France à votre égard?

Il est clair que le public suisse est très réceptif à mon style humoristique et à mon univers. J’en suis évidemment ravi. Il y a un traitement qui est un peu différent en Suisse. C’est une autre façon d’aborder le journalisme. J’ai aussi l’impression que les pressions orchestrées par les intérêts israéliens sont peut-être moins fortes ou fonctionnent moins bien. Les Suisses sont un peu plus imperméables à ce type de pression, alors qu’il est clair qu’en France les médias sont en grande partie au service des intérêts de l’Etat d’Israël.

Depuis quelques temps, Manuel Valls se répand dans les médias pour s’attaquer à Alain Soral et à vous-même. Vous avez d’ailleurs déposé une plainte en justice à son encontre. Selon-vous, qu’est-ce qui explique cette frénésie de Manuel Valls?

On avait vu Manuel Valls se faire piéger lors d’une campagne qu’il menait à Évry. Il y avait une caméra cachée où on l’entendait expliquer qu’il manquait, dans cette ville d’Évry, des « White » et des « Blancos ». Je pense que Manuel Valls a réellement un problème avec les Français d’origine africaine. Je pense qu’il est fondamentalement racialiste. « White » et « Blancos » représentant certainement, pour lui, son monde et le monde du développement, de la civilisation et du progrès.

Nous nous sommes présentés face à lui avec Nolan, ce prince d’Armorique qui avait giflé Manuel Valls il y a un peu moins d’un an maintenant. Je crois que Manuel Valls a aujourd’hui une obsession, celle de se battre contre les Français d’origine africaine et contre les musulmans. C’est la réputation qu’il a dans la ville d’Evry. On le voit dans ses déclarations actuelles, il s’en prend à moi et à Soral car il a la sensation d’avoir fondé une partie de sa carrière politique sur nous et sur l’idée de mettre des épouvantails dans le champ politique. Manuel Valls emploie des grands mots comme « la haine » ou « l’antisémitisme », alors qu’il est bien plus antisémite que moi.

Manuel Valls était justement sur le plateau d’ONPC avec Joey Starr. Ce dernier a suggéré, dans son dernier livre, que vous n’éduquiez pas votre public. Que lui répondez-vous?

Je vais prendre le temps de bien analyser Joey Starr. C’est une victime pour moi, une victime d’un système. Il se retrouve aujourd’hui sur un plateau face à Manuel Valls, lui qui est noir, et je crois qu’il essaie de survivre dans un endroit extrêmement hostile. Pour moi, c’est une personne qui a du mal. On a le même âge, on est de la même génération et il collabore dans un système qui ne l’aime pas. Je crois même que dans cette émission il a été sanctionné par le CSA pour avoir tenu des propos homophobes. J’ai la sensation qu’on se sert de lui et qu’il le sait mais il essaie de survivre avec des publicités, des films. Il doit aimer ce monde du show-biz. Il se voit vieillir alors quand il me crache dessus, c’est un gage qu’il donne auprès de ses maîtres.

Il avait d’ailleurs joué le rôle d’un homosexuel dans un film.

Oui, il joue un rôle d’homosexuel et en même temps il est traité d’homophobe. Il est utilisé et il ne sait plus trop comment faire pour être soi-disant subversif. C’est un personnage qui est présenté comme étant subversif mais la subversion de Joey Starr se limite à dire devant Manuel Valls que Dieudonné n’éduque pas son public.

Changeons complètement de registre si vous le voulez bien. L’islamologue genevois Tariq Ramadan fait face à des accusations d’agression sexuelle. Vous l’aviez rencontré en personne il y a quelques années. Quelles impressions avez-vous gardées de cette rencontre?

J’ai gardé de très bonnes impressions de Tariq. Toutes les personnes qui l’ont rencontré et que je côtoie ont gardé une très bonne impression de lui. Tout le monde est très circonspect sur ces accusations. Laissons encore une fois le soin aux juges de s’exprimer. Ce qui m’étonne le plus c’est que, dans son cas, la présomption d’innocence n’existe pas, alors que dans le cas d’un DSK, par exemple, toute la classe politique a crié à la présomption d’innocence. Il a pourtant été pris la main dans le sac, il avait été filmé et il était en fuite. Dans le cas présent, c’est la parole des uns contre la parole des autres. Je suis très étonné que la « victime » s’exprime très librement dans les médias et notamment sur BFMTV.

Le journaliste de LCP et de Radio J, Frédéric Haziza, qui consacrait beaucoup de temps à vous attaquer, a, de son côté, fait l’objet d’une plainte pour harcèlement sexuel. Il a momentanément été suspendu de LCP. Quel est votre commentaire sur cette affaire?

Là encore, il y a une victime. Il a reconnu les faits. On n’est pas du tout dans le cadre de l’affaire Tariq Ramadan. Haziza est clairement un délinquant qui a assumé ses actes et qui se trouve être sur le service public, subventionné par l’Etat et donc par le citoyen Français. C’est proprement impossible d’imaginer qu’il puisse être réembauché. Moi, pour avoir fait des blagues, je me suis vu écarté des chaînes publiques et interdit de la tribune médiatique de l’Etat, ou même de certaines scènes à cause d’arrêtés municipaux. Là, pour un délinquant sexuel qui a avoué, on voit bien tout le deux poids deux mesures qui est incroyable en France par rapport au traitement médiatique et à la justice. Je n’ai rien contre lui personnellement, je ne le connais pas trop. Son travail ne m’intéresse pas. Je vois que lui s’en est pris régulièrement à moi et qu’aujourd’hui il est dans une situation très délicate. Je ne pense rien de lui, je ne connais pas l’homme. Je ne le laisserai évidemment pas garder mes enfants.

Il y a une autre personne qui a été exclue mais pas pour harcèlement sexuel, c’est Gérard Filoche. Il a été exclu du PS pour avoir retweeté un photomontage d’Emmanuel Macron. Que pensez-vous de cette affaire et de son attitude?

Oui, j’ai suivi cette affaire. C’est toujours pareil. Je pense que lui-même a servi un système, qu’on s’est servi de lui jusqu’au bout et qu’on le jette parce qu’il ne sert plus à rien. La gauche antiraciste, socialiste, n’existe plus. Maintenant, elle est de toute façon au service d’un Etat raciste, celui d’Israël. Ces gens ne servent plus à rien, ils sont donc montrés du doigt comme antisémites.

Nous allons terminer par le Carnet noir. Hier, l’écrivain Jean d’Ormesson est mort. Vous aviez prononcé son oraison funèbre face à lui en 2003, dans un sketch chez Ardisson. Quelle est votre réaction?

Oui, je n’avais pas eu tellement le temps de préparer tout ça mais je me souviens de la rencontre. C’était quelqu’un de charmant. Il avait effectivement le regard assez pétillant. Je ne le connaissais pas assez pour pouvoir en parler de manière extensive. Il appartenait à une génération qui, naturellement et par la force des choses, est en train de disparaître. Il y avait en tout cas chez lui un sens critique et un regard plus provocateur que ce qu’on entend à la télévision. Ceci dit, il était un personnage central d’un système qui est de toute façon en train de disparaître.

Aujourd’hui, le rocker français Johnny est mort. Avez-vous, pour terminer, un petit mot à ce sujet?

J’étais justement en train de préparer une petite réaction car je fais régulièrement des petites vidéos pour raconter ma vie en tournée, un peu partout en France. Il a atteint un bel âge, 74 ans. Il a eu de beaux enfants. Il a eu une très belle vie, un succès extraordinaire au niveau professionnel pour un interprète. Car il n’était finalement qu’un interprète de chansons d’autres, et composées par d’autres. C’est une histoire dont je ne suis pas sûr qu’elle puisse se reproduire dans les années qui viennent avec, notamment, l’avènement d’internet. Cela fait partie de cette histoire, de ce monde, de cette société, d’une époque…C’était justement le pilier d’un show-business français qui est en train de disparaître.

Je vous remercie Dieudonné.

Avec grand plaisir.

Propos recueillis le 6 décembre 2017 par Alimuddin Usmani

2 Comments on "Entretien avec Dieudonné"

  1. Bonjour,
    Il n’existe pas au Cameroun de double nationalité: On est Camerounais ou ne l’est pas.
    SVP, Arrêtez de dire le franco-camerounais.
    Dieudonné est Français et non Camerounais.
    Merci de corriger.
    Marc

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