No Billag : Entretien avec Louise Morand

Le 4 mars 2018, le peuple helvétique se prononcera sur l’initiative « No Billag », qui vise à supprimer la redevance obligatoire qui finance le service public en Suisse. Les ménages privés paient actuellement 451,10 frs. par an pour la réception radio et tv. Louise Morand est la vice-présidente des Jeunes libéraux-radicaux Genève. Elle préside également le comité de campagne «No Billag» dans le canton du bout du lac. Nous lui avons posé quelques questions sur cette votation populaire qui devrait susciter un intérêt marqué.

Louise Morand, quelles sont les raisons principales qui vous poussent à soutenir la suppression des redevances radio et télévision?

A mon avis, les redevances radio/télévision se justifiaient lorsque l’Etat avait un monopole technique et qu’il était impossible d’avoir des chaînes de radio/télévision autrement. Aujourd’hui, avec internet, plus besoin d’intervention de l’Etat pour que l’information, ou le divertissement, se propage de Genève à Saint-Gall. Le modèle actuel est paternaliste. On force tout ménage, ou toute entreprise, à payer ces redevances sous prétexte que l’on pourrait potentiellement regarder la télévision ou écouter la radio. Certaines personnes pensent mieux savoir que tout le monde, notamment comment dépenser l’argent des autres. Cette initiative vise à redonner de la liberté aux citoyens de notre pays. Si je m’engage personnellement, c’est parce que nous avons la chance aujourd’hui de nous battre pour une Suisse moderne et ouverte.

Que répondez-vous à l’argument des opposants à « No Billag »qui estiment que l’initiative impliquerait un appauvrissement de la diversité médiatique suisse? A savoir que moins ou pas d’information de qualité dans le service public général ou régional appauvrirait les sources nécessaires pour se forger une opinion avec des informations complètes.

Mais de quelle diversité parle-t-on ? Actuellement, la SSR touche 91 % des recettes, l’entreprise Billag 4% et les chaînes privées 5%. Les chaînes privées n’ont qu’un petit sucre afin qu’elles se tiennent tranquilles. On nous parle de diversité mais je n’en vois pas. Pour ce qui est de se construire une opinion, on oublie toujours la presse écrite. Je suis énormément ce qu’il se passe dans mon canton et mon pays. Pourtant, je ne le fais pas via la RTS. La télévision et la radio ne sont pas les seuls moyens de s’informer. Ne l’oublions pas. Grâce à notre initiative, chaque acteur de la branche pourra se battre à armes égales pour convaincre son public. Les rapports démontrent que les différentes radio/tv régionales sont appréciées par une partie non négligeable du public. Elles trouveront des financements.

Que pensez-vous du décalage idéologique entre le milieu journalistique mainstream et l’ensemble de la population?

Il y a effectivement un léger décalage entre les deux. Un journaliste transmet forcément sa vision dans sa manière de traiter l’information. La neutralité n’existe pas en la matière. Choisir ne serait-ce que le sujet d’une émission, c’est de la politique. Cela n’est pas dérangeant en soit. Cependant, quand on voit de quelle manière la très grande majorité des journalistes transmettent des informations au sujet de l’initiative No Billag, on se demande au nom de quoi on se permet de mépriser ainsi ses nombreux supporters. Sur les réseaux sociaux, de nombreux employés, qui profitent des redevances, ne se gênent pas pour prendre ouvertement position contre nous. Difficile de croire qu’au final notre initative sera traitée équitablement par leurs collègues. Notre initiative permettra au moins de démontrer cela, la situation actuelle est intenable.

Quels sont vos points de convergences avec la ligne éditoriale de la RTS?

Je me bats pour une société ouverte, libre et tolérante. Je suis convaincue que nombre de journalistes partagent cette vision. Dommage que ces derniers l’oublient parfois pour mieux s’accrocher à des privilèges.

Selon-vous, la SSR survivra-t-elle à une suppression de Billag, même en subsistant sous une autre forme?

Les rapports montrent que plus de 90% de la population apprécie le contenu fourni par la SSR. Et cette entreprise devrait disparaître ? La SSR devrait, à mon avis, s’en sortir si elle décide de se préparer au changement de financement. Elle devra évidemment se restructurer et s’adapter au nouveau moyen de financement. Ne l’oublions pas, elle possède d’ores et déjà toutes les structures nécessaires afin d’émettre et a une clientèle fidèle.

Propos recueillis par Alimuddin Usmani

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