Analyse des résultats des législatives tchèques

vlajka

Les électeurs tchèques renouvelaient, ce vendredi 20 et ce samedi 21 octobre, leur Parlement, composé de 200 membres. Le principal enseignement à tirer de ces élections est le suivant : La critique de la politique européenne et notamment de sa politique migratoire s’est avérée payante sur le plan électoral. Il y a également un désir de renouveau de la classe politique. Les partis traditionnels ont vu une érosion de leur électorat tandis que certains nouveaux partis ont obtenu leur entrée au Parlement ou se sont considérablement renforcés. On assiste en tout cas à une véritable recomposition de la scène politique tchèque. 9 partis seront présents au Parlement, les voici :

ANO (29,64%-78 sièges) : C’est incontestablement le grand gagnant de cette élection. Ce parti, fondé par le milliardaire Andrej Babiš, faisait déjà partie de la coalition gouvernementale actuelle, mais il progresse de plus de 11% par rapport aux législatives de 2013 et devient la principale force politique du pays. Andrej Babiš, parfois surnommé « Babisconi » en raison de son rachat de plusieurs médias à l’instar de l’homme politique italien Berlusconi, a misé sur un discours critiquant l’Union européenne et en particulier sa politique migratoire. En janvier 2016, Andrej Babiš, premier vice-président du gouvernement tchèque et ministre des Finances, estimait que la République tchèque ne pouvait pas accueillir plus de réfugiés.  A propos des migrants qui viennent en Europe, il posait notamment la question suivante :

« Pourquoi accepter des personnes qui présentent un risque pour la sécurité et dont le désir n’est pas l’assimilation , mais la décomposition de la culture européenne ? »

Concernant les migrants sur le sol allemand, il lançait également une phrase choc dont il a le secret :

« Même la ministre allemande du Travail, Andrea Nahles, a déclaré que moins d’un dixième des réfugiés était capable d’exercer son emploi ou était suffisamment qualifié pour être formé. Beaucoup d’entre eux sont illettrés, ils ne connaissent que deux politiciens allemands- Merkel et Hitler. »

ODS (11,32%-25 sièges) : Le Parti démocrate civique est un parti à tendance conservatrice-libérale, avec des composantes plus ou moins eurosceptiques et atlantistes en matière de politique étrangère. La deuxième force politique du pays progresse par rapport aux législatives de 2013 où elle était tombée à 7,72% mais elle est encore très loin de son score de 2006 où elle avait obtenu 35,3%.

Parti Pirate tchèque (10,79%-22 sièges) : C’est une des grandes surprises de ces élections. Après avoir obtenu 0,8% en 2010 et 2,66% en 2013, sa progression est fulgurante. Ce parti centriste et libéral, inspiré par son avatar suédois, est dirigé par Ivan Bartoš, un homme de 37 ans qui porte des dreadlocks. D’anciennes photos qui le montrent avec un drapeau antifa et dans des manifs anti-natonalistes avaient récemment surgi sur internet mais elles n’ont pas démobilisé son électorat, principalement jeune et urbain.

SPD (10,64%-22 sièges) : Liberté et démocratie directe est un parti fondé en 2015 par Tomio Okamura. De père japonais et de mère tchèque, Okamura adopte un discours très critique envers l’immigration. Son principal fonds de commerce est également basé sur la critique de l’islam. En mai 2016, Tomio Okamura avait accordé un entretien à Lapravda.ch où son discours différait de certaines de ses provocations publiques, destinées à séduire un électorat qui apprécie un discours simple et radical.

KSČM (7,76%-15 sièges) : Le Parti communiste de Bohême et Moravie divise pratiquement son score par deux par rapport aux législatives de 2013 où il avait obtenu 14,91%. C’est le score le plus bas depuis 1990. Malgré un discours critique envers l’immigration (contrairement à la gauche dans les pays d’Europe occidentale), le KSČM n’aura pas réussi à convaincre un nombre suffisant d’électeurs pour jouer un rôle de faiseur de rois. Le parti séduit avant tout les retraités et d’autres personnes au statut précaire qui pensent que les conditions étaient meilleures sous le régime communiste (1948-1989).

ČSSD (7,27%-15 sièges) : Le parti social-démocrate tchèque est le grand perdant de cette élection. Alors qu’il était la première force politique du pays lors des élections législatives de 2013 avec 20,45%, ce vieux parti de centre-gauche, fondé en 1878, paie avant tout le désir de renouvellement de la classe politique tchèque. Sa ligne favorable à l’Union européenne, ainsi que le manque de charisme du Premier ministre Bohuslav Sobotka, ont également contribué à cette défaite écrasante.

KDU-ČSL (5,80%-10 sièges) : L’Union chrétienne démocrate – Parti populaire tchécoslovaque est un vieux parti fondé en 1919. Ce parti de centre-droit, pro européen, est très loin de son score de 2002 où il avait obtenu 14,3%.

TOP 09 (5,31%-7 sièges) : Ce parti europhile de centre-droit, fondé en 2009, poursuit son érosion. Il avait obtenu 16,7% en 2010 et 12% en 2013. Un jeune étudiant, Dominik Feri, issu d’un métissage tchéco-éthiopien, tire son épingle du jeu en étant élu au Parlement au détriment de certains caciques du parti. Il a su utiliser à son avantage les réseaux sociaux et séduire un électorat étudiant mais pas uniquement. En 2016, il s’était fait remarquer dans le monde francophone pour avoir interviewé un personnage qui tenait des propos assez fleuris sur le monde politique :

« L’oligarchie financière criminelle et meurtrière, américano-juive, qui a fait de notre État un protectorat de l’impérialisme criminel et meurtrier des États-Unis avec l’aide de traîtres tchèques et de porcs perfides de bisounours. »

STAN (5,18%-6 sièges) : Le parti Maires et Indépendants, déjà présent au Parlement européen et au Sénat tchèque, fait son entrée au Parlement tchèque. Il défend les intérêts locaux et la décentralisation.

Alimuddin Usmani

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