Agression filmée de Delémont : Entretien avec Dominique Baettig

DominiqueBaettig

L’affaire avait eu un retentissement au-delà des frontières du Jura et avait provoqué une émotion considérable. Il y a un peu plus d’une semaine, un adolescent de 17 ans était violenté en gare de Delémont par un individu qui l’avait jeté à terre, alors que d’autres personnes présentes sur les lieux s’en amusaient. L’homme politique jurassien Dominique Baettig a accepté de s’exprimer sur cette affaire délicate.

L’agression filmée d’un adolescent par un autre en gare de Delémont, le 10 octobre dernier, a suscité de nombreux commentaires indignés des particuliers. Quel commentaire vous inspire cet acte de violence?

La maltraitance, un lynchage plutôt, dans un lieu public, aux heures de pointe qui plus est, d’un adolescent indigène plus frêle que son adversaire décomplexé, sûr de lui et dominateur, tellement sûr de son bon droit et de sa bonne conscience de justicier fait légitimement peur. On n’oserait pas imaginer, car ce serait du pur délire, une scène par exemple où un jeune Noir subirait un tel traitement imposé par un géant Viking aux  yeux bleus. Mais le  fantasme collectif de la repentance et de la culpabilité ontologique de l’homme blanc européen le sous-entend comme vraisemblable et le racisme contraire, ou même multidirectionnel, n’est juste pas pensable et n’est pas représentable. Non, il est interdit de démythifier le mythe du racisme unilatéral et il est interdit, dans cette charia antifa, d’en montrer des images. D’où la fatwa impérative du Ministère public jurassien qui rappelle cette vérité révélée : le racisme antiblanc n’est pas existant, il faut donc se taire et retirer des images prouvant un tel comportement impensable car les gentilles victimes présumées ne sauraient se comporter ainsi. La novlangue Orwellienne a tellement bien fait son travail d’autocensure morale impérative que même la Justice a déjà un parti pris. Présomption d’innocence pour certains, présomption de culpabilité pour d’autres (être blanc implique la présomption de racisme ou de non-respect du grand Autre ,pour reprendre le concept lacanien) qui est naturellement bon et si ce n’est pas le cas c’est qu’on lui a manqué de respect, qu’on l’a discriminé, que l’on a éveillé sa légitime susceptibilité. Qui justifie tout puisque la lutte contre le « racisme » non défini, selon des critères autres que le procès d’intention et de culpabilité unilatérale, permet toutes les justices expéditives émotionnelles personnelles.

Dans le cas de la gare de Delémont, il semblerait que le point de départ était une raillerie sur les réseaux sociaux, de la coupe de cheveux d’un des protagonistes qui s’est senti traité de manière irrespectueuse, car l’humour et la dérision sont interdits chez ces gens-là. Milieu, où l’on s’autorise très vite, détectant instantanément un appel à la haine et la discrimination,  à se transformer en justicier et à pratiquer la violence avec une impunité garantie. Les réseaux sociaux, puissant moyen de libération de la parole, sont aussi à hauts risques, puisque l’on s’y exprime sans avoir le retour direct du ressenti de celui qui va lire les paroles énoncées. Et comme il n’est pas possible de nuancer ce qui a été écrit et qui restera non modifié ( ou si l’on modifie, on confesse ainsi son crime, puisqu’on le reconnait à posteriori et que si on le reconnait et qu’on s’excuse, c’est bien qu’on était coupable).Cette dialectique est totalitaire, d’essence religieuse et ne pourra être combattue qu’en réclamant le droit de la liberté de croyance, de penser différemment de la religion antiraciste et multiculturelle, en réclamant une sorte de laïcité, d’être agnostique. De séparation, entre la religion antiraciste et l’Etat et les médias, en réclamant la liberté de pensée, de conscience, d’exprimer librement sa croyance. D’avoir le droit de blasphémer (ça s’appelle l’humour) et de rire du totalitarisme bien-pensant. Qui presque toujours fait des procès d’intention contre lesquels il faut se justifier sans cesse. Et s’il faut se justifier ou qu’on est suspect de ce genre de délit, c’est qu’on est coupable. L’Inquisition au XXI ème siècle, c’est l’antiracisme multiculturaliste qui l’incarne avec ses méthodes dignes des procès de sorcellerie ou de diabolisation.

Dans une société sophistiquée et libre, il n’y a pas de place pour l’autojustice individuelle. Or dans cette idéologie, certaines « victimes » (minorités visibles, femmes, minorités sexuelles) ont le droit, au nom de leur susceptibilité et ressenti de discrimination subjective, d’agir en dehors des Lois et de pratiquer la justice personnelle ou communautaire. Quelle régression, quel Enfer, soi-disant pavé de bonnes intentions, on prépare. Le cinéma hollywoodien, dont le harceleur Weinstein incarne une bonne idée du double langage politiquement bien-pensant (il défilait avec les femmes démocrates pour dénoncer les paroles crues de Trump !) a produit, avec Tarantino, des images du droit à se venger. Inglorious Basterds ou Django Unchained justifient l’ultraviolence contre des ennemis fantasmatiques. Les antifas, ces zombies hallucinés par les luttes fantasmées du passé contre des adversaires diabolisés et à détruire, s’autorisent à sortir du débat démocratique et de la moralité chrétienne du pardon et de l’oubli.

Le Ministère public jurassien a relayé le lendemain de l’incident par la Police jurassienne le communiqué suivant sur sa page Facebook : 

« Appel à la haine et à la violence sur Facebook
La police et le Ministère public ont pris connaissance de la publication sur Facebook d’une vidéo représentant une agression survenue à la gare de Delémont hier.
Cette vidéo a été visionnée, partagée et commentée à grande échelle. Parmi les commentaires, des menaces de représailles, des appels à la haine raciale ou encore des injures n’ont cessé d’être proférées sur les réseaux sociaux.
Les autorités de poursuite pénale rappellent que de tels agissements sont représentatifs d’infractions pénales poursuivies d’office et condamnés par des peines privatives de liberté pouvant aller jusqu’à trois ans. Les autorités vont analyser les suites à donner à ces commentaires, à savoir s’ils entrent dans le champ d’application du Code pénal suisse.
Les autorités de poursuite pénale demandent à toute personne de cesser la diffusion de ladite vidéo et ses commentaires sur les réseaux sociaux. Si de nouveaux commentaires appelant à la haine, aux représailles ou encore menaçant ou injuriant des personnes devaient apparaître, le Ministère public, conjointement avec la police, entamera les poursuites pénales nécessaires à faire cesser ces agissements.
En l’état actuel des choses, aucune communication ne sera faite sur le fond de l’affaire.
Aucune autre information ne sera donnée à ce stade de l’enquête. »

Que dites-vous de ce communiqué?

Ce communiqué en dit long sur la nuisance du politiquement correct,  de la soumission, de la bien-pensance pavlovienne chez les bisounours et autres talibans de l’Empire du Bien et ses ravages dans les cerveaux. Dans un Etat de Droit démocratique, on examine les faits, on enquête et surtout il n’y a pas de tolérance pour le passage à l’acte de la justice individuelle ou communautaire. La police devient la police de la pensée qui veille au respect des croyances religieuses manichéennes de la dictature de la bien-pensance. Surtout pas de critiques, pas de pensée alternative qui signifie toujours la Haine.

La religion chrétienne et les valeurs démocratiques,  aime ton prochain comme toi-même, est un choix personnel moral et non « obligatoire » et personne ne sera poursuivi pour exprimer ses croyances et ses opinions, sont ainsi bafoués par une secte totalitaire et liberticide qui agit au dessus des lois.

Que pensez-vous du traitement médiatique de cette affaire par la presse institutionnelle et en particulier du reportage du correspondant de la RTS dans le Jura, Gaël Klein? 

C’est  le rituel des incantations en faveur du « vivre-ensemble » et de la présomption de culpabilité unilatérale, du « pasdamalgame », la politique obligatoire de l’autruche. Ne pas voir le Réel s’il dérange les croyances multicultis.

On se souvient à l’époque du même comportement des médias face à des agriculteurs qui s’autodéfendaient en alarmant les réseaux sociaux car ils étaient placés, sans soutien de l’Autorité, devant le fait accompli en se faisant occuper leurs champs, par des gens du voyage qui dictaient leurs conditions. Aujourd’hui, il y a des blocs de béton qui empêchent l’accès et les autorités politiques ont pris conscience de ce droit injuste à occuper le terrain d’autrui et d’y commettre des déprédations, en totale impunité d’intouchables « victimes » qui ont des droits acquis en tant que tels.

Une agression filmée dans laquelle des adolescents sont aussi les protagonistes a également enflammé la toile en République tchèque. Les autorités semblent avoir adopté une attitude différente par rapport au cas jurassien. Quel est votre avis à ce propos?

On peut espérer que dans des pays d’Europe, où le poison du politiquement correct est moins virulent, la justice osera encore se référer au bon sens, à la morale chrétienne du pardon et de la retenue, une justice équitable sans présomption de culpabilité unilatérale. Nul n’a le droit de pratiquer la Justice individuelle ou communautaire. Ces méthodes sont pratiquées par les gangs, les mafias, des individus qui utilisent la menace, la violence, l’intimidation pour imposer leur Loi, leur susceptibilité ombrageuse, leur sens personnel et unilatéral du respect.

Propos recueillis par Alimuddin Usmani

1 Comment on "Agression filmée de Delémont : Entretien avec Dominique Baettig"

  1. Le pragmatique | 29 octobre 2017 at 22:49 | Répondre

    Comment ne pas être de plus en plus en concordance avec les positions de l’UDC devant ce bracaillonage politico médiatique.

    Cette multiculturalité imposée de force contre vent et marrées, je n’en veux pas; il faudra me lobotomiser, n’en déplaise à Brunschwig-Grave.

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