Reportage éclair à Francfort

 

Francfort sur le Main est la cinquième ville d’Allemagne par sa population. C’est également une place financière internationale, elle abrite notamment la Banque centrale européenne, la Banque fédérale d’Allemagne ainsi que la Bourse. C’est aussi une ville très multiculturelle, plus de la moitié de la population possède des racines étrangères. Le 23 septembre 2017, ayant une escale de 4 heures environ à Francfort, en retournant à Genève depuis Prague, je décide de faire une visite éclair dans cette ville allemande. Voici quelques une de mes impressions :

La première personne que j’aperçois en descendant de l’avion est un agent d’accueil d’origine africaine. Il annonce quelque peu la couleur de ce qui va suivre, sans mauvais jeu de mots. Je cherche le train qui relie l’aéroport au centre-ville en 15 minutes et m’adresse en allemand à quelqu’un de l’information. Il m’indique le chemin puis me lance un petit mot en arabe avec un sourire complice (à sa décharge mon mélange indo-pakistano-tchèque m’attribue un faciès moyen-oriental ou méditerranéen).

Alors que le train file en direction de la ville, j’aperçois une immense fresque sur la façade d’un immeuble d’une dizaine d’étages où l’on voit un Africain en larmes, accompagné de l’inscription : « Honte à ceux qui sont contre nous ». Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’antiracisme institutionnel, certains parleront même « ethnomasochisme », a l’air d’avoir fait des ravages ici.

Arrivé à la gare, le contraste avec Prague est saisissant. La capitale tchèque a beau être la ville la plus multiculturelle du pays, la population extra-européenne y est très largement minoritaire. Ici, à Francfort, on est frappé par l’abondance de femmes voilées, de visages qui viennent de tous les recoins de la planète. Je poursuis ma route, depuis la gare, vers l’affluent du Rhin qui traverse la ville. Le long du quai, je tombe sur une inscription qui rappelle « les heures les plus sombres de notre histoire », mettant en garde les Allemands sur les élections législatives qui vont se dérouler le lendemain.

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« Plus jamais de fascistes dans les parlements allemands », indique l’inscription sauvage.

Plus loin, j’aperçois un nouveau graffiti, sur le pont, qui fustige le sexisme et proclame son amour du féminisme. L’espace public allemand semble saturé par ces messages qui abondent tous en direction de la même idéologie qui regroupe « l’antifascisme »,« l’antiracisme » et« l’antisexisme ». Je passe ensuite manger un morceau et privilégie un restaurant qui propose de la cuisine locale au détriment des nombreux kebabs et nombreuses pizzerias qui jalonnent mon parcours. Le fait d’avoir commandé une bière avec mon repas, n’empêche pas la serveuse de me mettre en garde contre la présence de lardons dans la choucroute.

N’ayant plus beaucoup de temps avant de prendre mon vol pour Genève, je décide de passer par la vieille-ville qui est remplie de touristes.

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La collégiale Saint-Barthélemy, souvent appelée « cathédrale de Francfort »

Derrière la vieille-ville se dresse le quartier de la finance où la population est clairsemée et assez pressée.

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Devant l’Eurotower qui est l’ancien siège de la BCE.

La Münchener Straße me mène alors en direction de la gare. Elle a des airs de petite Istanbul. Certaines librairies ne vendent que des livres en turc. Les restaurants turcs  sont collés les uns aux autres et les magasins d’alimentation vendent principalement des produits du Moyen-Orient. La population turque, qui a été invitée par le patronat allemand dans les années 60-70, y est très présente. On devine que la vague migratoire récente, soulevée par Angela Merkel, s’est ajoutée à celle-ci. Des personnes du monde entier déambulent des deux côtés de la rue et les Allemands de souche se font plus rares. Le vendeur d’un magasin m’interpelle en arabe alors qu’il venait de remercier un client en turc. Inutile de leur expliquer que je ne parle pas l’arabe.

Je quitte la ville avec le sentiment qu’elle s’est peu à peu transformée en modèle communautariste, même si je suis conscient qu’il existe probablement de nombreux autres quartiers qui échappent à ce phénomène. Cependant, il devient de plus en plus rare de voir des villes d’Europe occidentale qui n’ont pas subi de changements majeurs. Les sociétés parallèles se développent à grande vitesse et représentent une source d’inquiétude croissante chez le citoyen.

De retour à l’aéroport, une affiche qui renvoie au recrutement de personnel aéroportuaire apparaît lors de la descente d’un escalator. Elle met en scène un Africain et un Turc, comme pour encourager ces communautés à se diriger vers une certaine filière. Pour terminer ce festival, un panneau dans le hall principal indique la direction des salles de prière pour les croyants qui prennent l’avion. Une icône avec l’étoile de David symbolise la salle de prière juive et une autre icône regroupe une croix chrétienne et un croissant islamique. Apparemment, les chrétiens et les musulmans sont priés de prier dans des salles adjacentes.

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Cette dichotomie est-elle due à l’activisme de ceux qui pratiquent l’exclusivisme théologique (celui du peuple élu)? Ou bien renvoie-t-elle au sentiment de culpabilisation des autorités allemandes qui accordent des privilèges à une certaine communauté, avec en toile de fond les événements de la Deuxième Guerre mondiale? Chacun peut se faire son interprétation, reste que les Chrétiens (2 milliards de personnes à travers le monde) et les Musulmans (1,2 milliards) semblent devoir partager un lieu commun. Tandis que les Juifs (15 millions de personnes sur la planète) ont le droit à une salle de prière, rien que pour eux, dans un aéroport international.

 

Alimuddin Usmani

2 Comments on "Reportage éclair à Francfort"

  1. Très bon article, très bonne description, anecdotes amusantes, du grand reportage. Tout est très bien vu. Vous avez beaucoup de talent. Il y a quand même juste une question que vous pardonnerez j’espère à un lecteur de souche helvétique depuis au moins l’époque de la fondation de la Confédération:

    On se réjouit évidemment de votre opposition à l’immigration et au multiculturalisme, mais on a parfois aussi un peu de peine à vous situer. Vous semblez vous amuser qu’un individu vous « lance un petit mot en arabe avec un sourire complice (à sa décharge ce mélange indo-pakistano-tchèque vous attribue, dites-vous, un faciès moyen-oriental ou méditerranéen). » On est tout de même un peu étonné de votre étonnement, s’il est permis de faire cette remarque. Car enfin, quand on s’appelle Alimuddin Usmani on n’est probablement pas un dolichocéphale de race germanique depuis l’époque de Hermann le Chérusque. Ou alors je me trompe. Ne pourriez-vous pas clarifier votre position sur ce point? En tant que Suisses on se réjouit, je le répète, de vos prises de position et on vous accepte bien volontiers dans la communauté helvétique. Mais on aimerait mieux comprendre ce phénomène d’un Arabe musulman tellement Suisse et tellement opposé à l’immigration. Je le répète: vous vous appelez quand même Alimuddin Usmani, et non pas Uli-Martin Hausamann.

    Pardonnez moi, comme dirait Darius Rochebin (dont le prénom indique ses origines paternelles persanes et le nom ses origines maternelles neuchâteloises, jurassiennes et comtoises).

    Et encore bravo pour votre exçellent travail!

    • Merci pour votre commentaire et votre appréciation. Ce que l’article voulait exprimer, c’est le fait que la ville de Hambourg soit très communautariste. Bien entendu qu’Alimuddin Usmani peut être pris pour un Moyen-Oriental, il n’y a pas d’étonnement ou d’indignation particulière par rapport à ça. Ce qui est intéressant à souligner c’est la ville de Francfort fonctionne de manière communautaire. Les gens, lorsqu’ils interpellent Alimuddin Usmani, ne sont pas au courant de son nom. Ils pourraient très bien parler de cette manière à un Sicilien ou un Grec à la peau mate et aux cheveux noirs. Or, ils sont tellement habitués à la présence de moyen-orientaux, qu’ils assimilent toute personne qui a une apparence vaguement similaire à la leur comme quelqu’un appartenant à leur culture. Cela en dit long sur le manque d’intégration des étrangers de cette ville.

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