Il y a 49 ans, l’Union soviétique mettait fin au Printemps de Prague et aux velléités de la démocratie libérale

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Dans la nuit du 20 au 21 août, les forces armées de cinq pays du Pacte de Varsovie — URSS, Bulgarie, Pologne, Hongrie et RDA — envahissaient la Tchécoslovaquie. Les tanks, principalement soviétiques, déferlaient dans tout le pays. Le bilan, à la fin de l’année 1968, était, d’après les historiens, de 137 victimes civiles. Les troupes du Pacte de Varsovie mettaient fin de façon brutale aux réformes introduites par le parti communiste tchécoslovaque qui, sous l’impulsion d’Alexander Dubček, avait mené un programme appelé « socialisme à visage humain ».

Ce dernier, plébiscité par une bonne partie de la population, a été écrasée dans l’oeuf.  La normalisation a impliqué une reprise en main durant une vingtaine d’années de l’appareil politique et économique par la ligne conservatrice du parti communiste. Celle-ci a notamment engendré des pénuries qui affectaient une majorité de la population, ainsi qu’une répression politique des dissidents du régime.

Toutefois, on aurait tort de jeter le bébé avec l’eau du bain et cette séquence historique semble avoir amené quelque chose de positif. Si le pouvoir autocratique s’était totalement effondré en l’absence d’intervention soviétique, la Tchécoslovaquie aurait adopté prématurément un modèle qui oscille entre démocratie d’opinion* et démocratie libérale, en vigueur dans les pays occidentaux. Cette démocratie de marché et d’opinion s’accompagne inévitablement d’une adoption de la religion des droits de l’homme qui décrète que toutes les personnes qui vivent dans un système autocratique dans le monde peuvent venir dans certains pays pour y goûter à la liberté. Les régimes autocratiques étaient peu enclins à se laisser dicter de tels principes, ne serait-ce que pour garder une certaine cohésion sociale et ne pas se laisser contaminer par des idées extérieures qui mettraient en danger leur pouvoir. Les loges maçonniques, qui propageaient de telles idées en occident, étaient quasiment inactives sous le communisme. Le droit d’asile s’appliquait, très tôt, de plus en plus massivement, dans les pays occidentaux, tandis que les pays communistes en étaient préservés.

Il faut également admettre que le niveau de vie des pays occidentaux était assez supérieur à celui des anciens pays communistes. (et ces différences perdurent encore aujourd’hui) et que c’était un facteur d’attraction pour les sous-prolétaires du monde entier. Ajoutons à cela que les pays occidentaux étaient parfois d’anciennes puissances coloniales et que les Congolais, les Algériens ou les Indiens ont pu s’établir en masse en Belgique, en France ou en Grande-Bretagne lors de la décolonisation. Le regroupement familial a accéléré une immigration massive dès les années 70. Pendant ce temps, les pays communistes accueillaient une poignée d’étudiants du Tiers-monde qu’ils contribuaient à former idéologiquement et qui, le plus souvent, repartaient dans leur pays d’origine une fois leur formation achevée.

Le résultat est visible dans les rues de Prague, de Varsovie ou de Bratislava qui sont beaucoup moins métissées que les rues de Londres, Paris ou Bruxelles. Il n’y a pas de problème de ghettoïsation ou de délinquance étrangères dans les anciens pays communistes d’Europe centrale. Les tanks soviétiques ont écrasé, sans le savoir, les fondements d’une société cosmopolite dans les pays de l’est. Celle-ci est de plus en plus mal vécue en Occident et amène à des tensions horizontales qui sont aussi néfastes pour les citoyens de souche que pour les citoyens de branche.

 

Alimuddin Usmani

 

*Démocratie considérant chaque citoyen de façon individuelle et permettant de le classer dans différentes catégories en fonction de son âge, son statut social, ses origines ethniques, etc. L’ensemble des individus constitue l’opinion publique, qui effectue ses choix en fonction de l’avis de la majorité, exprimé par le biais de sondages.

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