Entretien avec « Helvetia Helvetia », à l’origine de la pétition contre la fête nationale partagée avec le Bénin

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La Ville de Genève célèbrera les fêtes nationales de la Suisse et du Bénin le 1er août au parc La Grange. Une pétition  pour protester contre cette célébration commune a été lancée par une personne qui possède le pseudo « Helvetia Helvetia » sur Facebook. Après avoir recueillis 488 soutiens, la pétition a été fermée par l’initiatrice qui a estimé qu’elle amenait « plus de discorde qu’autre chose ». Helvetia Helvetia nous a accordé un entretien exclusif en récusant notamment toute adhésion à des idées racistes :

Qui se cache derrière le pseudo Helvetia Helvetia?

Suite à plusieurs échos de mécontentement au sujet de la « double fête nationale », j’ai souhaité lancer cette pétition pour faire entendre nos voix, ce qui, dans une démocratie, est parfaitement légal. Ceux qui le désiraient ont donc signé. Mais nous ne sommes pas un groupuscule nationaliste, nous ne nous sommes jamais rencontrés, et je ne nourris aucune envie de continuer dans cette voie, ayant constaté un écart important entre mes idées et celles de certains individus joints à la cause.

Votre pétition a fait vivement réagir le maire de Genève Rémy Pagani. Il a notamment déclaré dans le GHI : « Ces pétitionnaires échauffent les esprits en dénigrant et stigmatisant les autres alors que c’est le système économique injuste autour de la planète qu’il faut dénoncer. » Que répondez-vous à cet argument? 

Je ne parlerai ici qu’en mon nom puisque je ne représente aucun des pétitionnaires. Si j’ai bien conscience de la violence dont certains ont fait preuve, je m’en désolidarise fermement et assure n’avoir dénigré personne. À aucun moment la pétition n’a visé à critiquer, mépriser ou exclure qui que ce soit. Au contraire, elle invitait tout le monde à participer à la fête nationale suisse.

Ensuite, oui, il y aurait beaucoup de choses à dénoncer ici bas, pas uniquement le système économique… Nous ne sommes que de petits citoyens sans aucun réel pouvoir politique, il est donc plus facile de faire entendre un mécontentement au sein de sa commune, que de régler l’injustice universelle. En ce sens, je trouve cet argument un peu faible. Il y a bien évidemment des choses plus graves sur lesquelles il faut (ré)agir, mais qui peut assurer que parmi nous personne ne soutient d’autres causes ? De même, le fait que des choses tragiques arrivent un peu partout ne nous oblige aucunement à renoncer à notre droit de nous exprimer sur de petits sujets locaux.

Le Maire de Genève a également utilisé les qualificatifs « lamentable, grossier et chauvin », en ajoutant : « Le racisme de ces gens ne passera pas. » Est-ce que vous vous revendiquez comme raciste?

Bien sûr que non ! Le racisme, par définition, est un sentiment de supériorité sur un peuple, une ethnie, autre que le/la sien/ne, suscitant haine, mépris et exclusion. Ce sentiment n’a été exprimé à aucun moment dans la pétition.
Ce qui a donné naissance à cette initiative, ce n’est pas le fait de festoyer avec des gens d’autres origines. Des événements multiculturels, il y en a tout au long de l’année à Genève, et aucune opposition n’a jamais été émise de notre part ! Mais peut-être que certains citoyens suisses sont davantage traditionalistes que d’autres et aiment le fait qu’en ce jour de commémoration de leur pays, on le célèbre avec ses coutumes. Reprocher aux gens d’être patriotes lors de la fête patriotique, c’est leur signifier qu’être fiers et reconnaissants de son pays est ridicule, alors qu’il s’agit là d’une marque de respect des plus élémentaires.
Pour certains, les traditions sont importantes, pour d’autres elles le sont moins. Mais tenir aux coutumes historiques, chérir son histoire nationale, et vouloir les préserver ne signifie pas haïr, mépriser ou exclure les autres.
Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, toute opposition à une idée se voit immédiatement taxée de quelque chose-ophobe. Ne pas être d’accord, c’est être intolérant. La censure accourt vite sitôt qu’un propos n’est pas politiquement sur la « bonne ligne ». Mais toute idée a le droit d’exister, d’être exprimée et débattue. Ce qui est évidemment à proscrire, c’est l’appel à toute sorte de violence (injures, rejet, coups…) envers qui que ce soit. Vous avez le droit d’être contre une idée. Vous n’avez pas le droit d’être contre un être. Le problème est que la frontière entre les deux est fragile puisque c’est l’être qui génère l’idée, et c’est donc de là que naît l’amalgame.

Le Maire de la commune du Grand-Saconnex, Laurent Jimaja, est originaire du Bénin. Que vous inspire son parcours? 

Encore une fois, il n’y a aucun mépris pour les Béninois. Sa volonté et sa persévérance sont tout à fait louables. Je suis ravie qu’il ait réussi une belle carrière et que la Suisse lui ait offert cette opportunité.

Les manifestations en faveur des réfugiés sont régulières à Genève et rassemblent la plupart du temps plusieurs centaines de personnes. Votre pétition peine à rassembler plus de 500 signatures. Comment l’expliquez-vous?

Genève est devenue majoritairement multiculturelle. Nous avons usé de notre droit démocratique à exprimer un avis, mais nous sommes rendus compte que la plupart des gens n’avaient rien contre ces festivités organisées. Alors qu’il en soit ainsi, la majorité gagne et nous devons le respecter.

Propos recueillis par Alimuddin Usmani

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