Entretien avec une députée communiste tchèque sur la politique internationale

katerina-konecna-kscm

Kateřina Konečná est une femme politique tchèque, membre du Parti communiste de Bohême et Moravie. Elle exerce en tant que députée européenne depuis 2014. Nous l’avons contactée pour répondre à quelques questions de politique internationale.

En Arabie Saoudite le président américain Trump a conclu des accords pour des centaines de milliards de dollars. Il s’agit avant tout d’armement. Qu’en pensez-vous?

Je considère que c’est fortement risible que le premier voyage outre-Atlantique de Trump l’amène justement en Arabie Saoudite qui, d’après de nombreuses personnes, est impliquée dans les attentats du 11 septembre 2001. Par ailleurs, le fait qu’il signe un accord sur l’armement pour des centaines de milliards de dollars, pour lequel son beau-fils a contribué de manière significative, démontre la décadence de la politique américaine dans sa globalité. L’Arabie Saoudite joue très bien son rôle sur la scène politique internationale. Elle joue sur tous les tableaux et elle représente soit un sponsor, soit un mal nécessaire face à un mal encore plus grand. Trump ne connait rien en matière de politique internationale et il se laisse porter. Actuellement, on ne sait pas si son conseiller le plus influent en politique étrangère est son beau-fils ou bien Steve Bannon.

Récemment, l’armée américaine a attaqué des positions du gouvernement syrien. Quel en est le but?

Trump essaie seulement de détourner l’attention de sa désastreuse politique intérieure en intervenant dans un conflit qui est déjà extrêmement complexe et déroutant. Il ne s’agit pas ici d’une question de principe mais d’ego. La Syrie est devenue le champ de bataille où les superpuissances exercent leur influence et où les Syriens ordinaires souffrent. Le tir de missiles Tomahawk, sans attendre les résultats de l’enquête internationale sur l’attaque chimique, ne fait que révéler un comportement de cowboy qui pointe vers des ambitions personnelles et qui ne résout rien. Cela ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu et exprime un mépris cynique pour les intérêts des Syriens ordinaires qui aspirent à vivre en paix.

Quelle est votre analyse des tensions entre la Corée du Nord et les USA?

Je considère cela comme un exemple assez typique, de part et d’autre, de détournement de l’attention. Aussi bien les Etats-Unis que la Corée du Nord ne veulent pas s’occuper de la politique intérieure, alors ils bombent le torse sur la scène internationale. Trump s’implique d’autant plus volontiers dans ce conflit pour montrer qu’il est un dirigeant fort et pour masquer le fait qu’il n’a aucune idée de son rôle et de son programme en tant que président. Je crains uniquement qu’une des deux parties ne fasse quelque chose contre laquelle on ne peut pas revenir en arrière du point de vue de la politique internationale.

Au cas où les pays membres de l’Union européenne ne rempliraient pas leurs obligations, d’ici à septembre, dans le cadre du programme de relocalisation des réfugiés en provenance d’Italie ou de Grèce, la Commission européenne pourrait introduire des sanctions contre les pays récalcitrants. C’est ce qu’a laissé entendre Dimitris Avramopoulos, le commissaire aux Migrations de l’UE. Quel est le point du vue du Parti communiste de Bohême et Moravie (KSČM)?

Le KSČM s’oppose toujours aux quotas de réfugiés et rejette totalement toute persécution de la part de l’UE. Je ne comprends vraiment pas comment ces messieurs de la Commission s’imaginent les choses.  Nous savons pourtant tous que les réfugiés ne veulent pas aller en République tchèque et qu’ils préfèrent aller en Allemagne ou en Scandinavie, où ils ont de plus grandes chances de s’intégrer sur le marché du travail et de recevoir des salaires plus élevés. Par ailleurs, il y a là-bas une communauté musulmane déjà établie. Ceci est tout à fait compréhensible. Si nous en sommes conscients mais que nous forçons malgré tout 2691 personnes à s’établir en République tchèque et à vérifier qu’ils y restent, afin que nous ne soyons pas exposés à la critique de l’UE, alors la Commission n’exige pas moins que nous ne respections pas leurs droits humains, à savoir que nous leur imposions une surveillance policière comme pour les criminels ou que nous les enfermions et que nous les contrôlions en dépit du fait qu’ils soient totalement innocents. Mais nous serions alors critiqués à nouveau pour une conduite indigne et la République tchèque serait décriée au sein du Conseil de l’Europe et du Parlement européen. La Commission ne se soucie tout simplement pas du fait qu’ils nous mettent dans une position depuis laquelle on ne peut pas sortir avec dignité et du fait que nous nous occupons déjà de nombreux Ukrainiens qui fuient la guerre civile, ainsi que de leur intégration.

L’ancien banquier Emmanuel Macron est devenu président de la France. De quel oeil voyez-vous sa volonté de réformer le modèle social français?  

Je vois tout cela comme la tentative de tout politicien néo-libéral qui cherche à démanteler l’Etat providence. Macron ne se distingue pas particulièrement des autres en la matière. Il est vrai que le modèle social français a certainement besoin de quelques réformes, mais Macron ne devrait assurément pas être celui qui est chargé de les entreprendre. J’imagine qu’il doit se rendre compte que si son gouvernement échoue lamentablement, la prochaine présidente de la République sera Marine Le Pen. Et s’il est un vrai démocrate et un vrai patriote, il doit empêcher ceci de se produire et non pas aider à ce que Paris soit le témoin de manifestations syndicales massives sous son gouvernement.

Propos traduits à partir du tchèque et recueillis par Alimuddin Usmani

 

Be the first to comment on "Entretien avec une députée communiste tchèque sur la politique internationale"

Leave a comment

Your email address will not be published.


*