La position équilibrée du Parti communiste tchèque par rapport aux élections en France

Kateřina-Končná-IV

L’élection présidentielle française est suivie de près par les médias européens et notamment en République tchèque. Le Parti communiste tchèque penche plutôt du côté de Jean-Luc Mélenchon mais ne se sent pas obligé d’invectiver de façon diffamatoire Marine Le Pen, à l’instar du PCF de Pierre Laurent. Le Parti communiste tchèque, contrairement à son homologue français, adopte une position critique envers l’immigration incontrôlée et répond mieux aux préoccupations du monde des travailleurs. 

La députée européenne tchèque Kateřina Konečná, membre du Parti communiste de Bohême et Moravie, a réagi aux élections en France. Voici la traduction de ses propos tenus dans les médias tchèques :

Madame Konečná, comment percevez-vous le résultat des élections du premier tour?

La victoire de Macron était, sous plusieurs aspects, pour le moins prévisible. Cependant, le score de Marine Le Pen a clairement démontré qu’en France près de 20% des électeurs étaient très insatisfaits. Et si j’ajoute le résultat de Monsieur Mélenchon, qui tenait également une position très critique à l’égard de l’Union européenne, ce taux se hisse à 40%. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était et l’Union européenne ne peut pas continuer sur la voie sur laquelle elle s’est engagée depuis au moins dix ans.

Quel est votre point de vue sur le résultat du Parti socialiste, le plus mauvais depuis plusieurs décennies? D’après-vous pourquoi Benoît Hamon n’a-t-il pas réussi?

Les socialistes étaient divisés depuis bien longtemps mais je pense plutôt que la raison principale est liée au fait qu’ils n’arrivaient pas à faire des concessions ces derniers temps. Marine Le Pen aurait pu ne pas être au second tour s’ils s’étaient ralliés au principal candidat de gauche. Avec 24 ou 25%, Jean-Luc Mélenchon aurait pu battre Marine Le Pen. Non seulement les socialistes ont dû se rendre compte que la défaite était due à leurs propres divisions mais qu’ils n’étaient également pas capables de faire un choix au dernier moment, à savoir celui du renoncement pour une union de la gauche. Je considère tout cela comme une grande déception.

A votre avis, quelle était l’importance du positionnement des candidats face à l’Union européenne? 

L’Union européenne était assurément un thème essentiel. Nous avons pu le voir au cours de ces dernières semaines, notamment avec la crise migratoire qui est somme toute liée à l’Europe et à son incapacité à protéger les frontières et les personnes en Europe. L’Union européenne était mise en cause sur ce dossier. Par conséquent, la position des candidats par rapport à l’Union européenne a eu une grande influence sur le vote. Comme je l’ai rappelé, même notre candidat Mélenchon était très critique à l’égard des conditions dans laquelle se trouve l’UE. Si l’on cumule les scores des candidats critiques à l’égard de l’UE, on arrive à près de la moitié des électeurs.

En cas de victoire d’Emmanuel Macron, quelle seraient, à votre avis, les exigences de la France à l’égard de l’UE? Nous savons que c’est un centriste et qu’il est pro européen, mais dans quelle direction souhaite-t-il mener la France dans le cadre de l’UE?

Si Macron gagnait, je pense que la déception pourrait être très grande. Il n’a jamais été élu et il a gagné de l’argent dans la spéculation financière. Je pense que ce n’est qu’un candidat de plus de l’aile néolibérale qui gouverne en Europe. Les Français ne peuvent pas attendre de lui qu’il apporte des solutions claires et radicales auxquelles ils aspirent. Il peut y avoir une vague de déception qui pourrait affecter l’UE de manière définitive.

Pour comparaison, voici la déclaration du Parti communiste français :

ELECTION PRESIDENTIELLE – 1er tour
23 avril 2017
Déclaration du Parti communiste français
Le second tour de l’élection présidentielle opposera la candidate de l’extrême-droite raciste et xénophobe, Marine Le Pen, à Emmanuel Macron, candidat que les milieux financiers se sont choisi pour amplifier les politiques libérales dont notre pays souffre depuis 40 ans.
C’est une situation extrêmement grave pour notre pays. L’extrême-droite est au second tour et la gauche est éliminée. Pourtant, pour la première fois depuis des décennies, des millions de citoyen-e-s, qui aspirent à la transformation sociale, ont presque réussi à hisser leur candidat Jean-Luc Mélenchon au second tour. Tous ceux qui ont été trahis par les politiques menées par Hollande et Valls et se sont mobilisés pour la présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour éprouvent ce soir des sentiments mêlés et contradictoires. A l’heure où nous nous exprimons et au vu des premiers résultats à notre disposition, nous leur disons que les près de 20 % obtenus par Jean-Luc Mélenchon lèvent un espoir nouveau pour l’avenir, pour réinventer la gauche nouvelle qu’attend notre pays, pour déverrouiller le système politique et la démocratie. C’est un score remarquable et inédit pour un candidat de transformation sociale depuis 1981.
Le combat continue pour ces millions de jeunes, de femmes et d’hommes qui aspirent à une nouvelle société débarrassée des logiques de rentabilité, à une véritable politique de gauche, de justice et de progrès social tournant le dos à l’austérité, au chômage et à la précarité.
Nous entrons dans une période totalement nouvelle et inédite de l’histoire politique de notre pays. Même si elle est dévoyée par les pièges de la présidentialisation, la secousse est forte : les deux partis, le Parti socialiste et les Républicains, qui ont dominé la vie politique française depuis 40 ans, sont éliminés au soir du premier tour.
L’aspiration au changement, à un nouveau choix de société, continuera de pousser inexorablement. La mobilisation de la jeunesse et des quartiers populaires est une promesse pour l’avenir.
C’est pour nous la leçon essentielle de cette campagne : rien n’est plus urgent que de continuer à ouvrir à ces nouvelles aspirations, à une véritable démocratie citoyenne, les voies de leur rassemblement pour construire une nouvelle République sociale, écologique, solidaire, respectueuse de la diversité et des attentes de notre peuple.
Ce combat, le Parti communiste entend le poursuivre avec toutes les forces politiques, sociales et citoyennes disponibles. Nous avons des atouts inédits pour cela.
Nous saluons la campagne de Jean-Luc Mélenchon, tous les militants communistes, du Front de gauche, de la France insoumise, les élus communistes et Front de Gauche, les citoyens qui s’y sont investis et qui ont voté. Ce résultat est le leur.
L’engagement de notre parti, de ses militantes et militants, des élu-e-s communistes et républicains dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon a permis des rassemblements prometteurs. Jean-Luc Mélenchon obtient de très bons résultats dans les villes, les cantons, les circonscriptions où le Parti communiste est bien implanté et dispose d’un réseau important de militant-e-s et d’élu-e-s .
Le résultat de Jean-Luc Mélenchon marque un désir profond de changement vers plus d’honnêteté en politique, de justice sociale, de solidarité, de démocratie réelle, de paix et de respect de l’environnement.
C’est une nouvelle page de la gauche française qui a commencé à s’écrire dans cette campagne. La gauche change d’époque. Le Parti communiste est totalement investi dans cette réinvention, avec son projet, La France en commun, et entièrement tourné vers les défis du XXIè siècle.
Dans l’immédiat, conscients des immenses batailles qui sont à venir et des responsabilités qui incombent à notre parti, nous appelons le 7 mai, lors du second tour de l’élection présidentielle, à barrer la route de la Présidence de la République à Marine Le Pen, à son clan et à la menace que constitue le Front national pour la démocratie, la République et la paix, en utilisant le seul bulletin de vote qui lui sera malheureusement opposé pour le faire.
Marine Le Pen veut une société de haine, du rejet de l’autre, du racisme et de la xénophobie, une société qui divisera ceux qui ont des intérêts communs au profit de son clan et des puissances d’argent, qui substituera aux principes fondamentaux d’égalité et de fraternité dans la République des principes de discrimination entre Français, entre ceux qui vivent et travaillent dans notre pays selon leur origine et leur nationalité. Nous n’en voulons pas.
Marine Le Pen veut un monde dangereux où toutes les aventures guerrières deviendraient possibles, où toutes les rivalités nationalistes seraient encouragées. Avec Donald Trump, Vladimir Poutine, Bachar El Assad, et les extrêmes droites européennes comme alliés, elle menacerait la sécurité du monde si elle présidait la France, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Nous ne le voulons pas.
Nous avons le devoir, pour aujourd’hui comme pour les générations futures, d’empêcher son accession à la Présidence de la République, qui signifierait la prise en main par l’extrême-droite de tous les instruments d’État.
Notre appel pour le 7 mai n’est évidemment en aucun cas un soutien au programme libéral anti-social d’Emmanuel Macron, que nous avons combattu quand il était ministre et que nous combattrons demain sans concession, chaque fois qu’il portera atteinte au monde du travail, à ses droits, à nos services publics.
Nous appelons, dans le respect des appels qui seront lancés le 1er mai par les organisations syndicales, à faire de cette grande journée sociale du 1er mai un moment de lutte et de mobilisation sociale contre l’extrême-droite, pour la paix, la démocratie et le progrès social.
Face à un tel second tour de l’élection présidentielle, les élections législatives des 11 et 18 juin prennent désormais une importance cruciale. Les citoyen-nes qui ont porté à un haut niveau l’élan de la transformation sociale avec le vote pour Jean-Luc Mélenchon, doivent maintenant transformer l’essai lors des prochaines élections législatives. L’Assemblée nationale peut devenir un contre-pouvoir à la politique qui sera conduite à la suite du résultat du second tour de l’élection présidentielle le 7 mai prochain.
Fort du résultat obtenu ce dimanche, nous pouvons élire un grand nombre de députés honnêtes, proches de vous, fidèles aux intérêts populaires, comme l’ont été les députés communistes pendant 5 ans, notamment contre les lois Macron ou El Khomri. Des députés qui résisteront à la droite et à l’extrême-droite, qui ne s’allieront pas avec les députés macronistes pour voter des lois anti-sociales. Des députés porteurs de résistance et d’espoir face aux appétits de la finance et contre la haine et les divisions.
Les communistes sont déjà pleinement investis dans cette bataille législative que nous savions essentielle depuis le premier jour, à l’égal de l’élection présidentielle. Le PCF présente et soutient une nouvelle génération de candidat-e-s à parité pour faire entrer le peuple à l’Assemblée nationale.
Dès ce soir, et dans les quarante-huit heures qui viennent, le Parti communiste appelle les forces de gauche et de progrès, les équipes de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, toutes les forces engagées dans la campagne, celles de Benoît Hamon, des socialistes et des écologistes, des femmes et des hommes désireux de reconstruire une gauche de combat et de transformation sociale et à se réunir, à débattre publiquement et préparer ensemble les échéances décisives à venir, celles du second tour de l’élection présidentielle, du 1er mai, et celles des élections législatives des 11 et 18 juin.
Pour sa part, le PCF s’engage sans attendre dans toutes ces mobilisations.

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