Entretien avec Bruno Gollnisch sur le Brexit

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Le référendum gagné par les partisans de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne n’en finit pas d’agiter la sphère médiatique et politique. Entretien avec le député au Parlement européen et figure emblématique du Front National, Bruno Gollnisch, sur ce vote historique.

Bruno Gollnisch, de quelle manière avez-vous vécu la proclamation des résultats en faveur du Brexit? 

Le réveil de ce vendredi fut euphorique ! Forcément ce résultat fut une grande satisfaction pour moi. Parlementaire européen siégeant depuis près de 30 ans dans cette institution pour y défendre la vision d’une autre Europe, celle des peuples libres et souverains, celle de la coopération des nations, celle des traités renégociés, je ne pouvais qu’être satisfait.
Quand on donne la parole au peuple, il lui arrive de s’exprimer ! Et souvent d’une manière radicalement différente que celle de ceux qui prétendent les représenter. Ceci étant dit, les Britanniques ne subissaient pourtant pas les effets les plus néfastes des dernières règles européennes, ni l’€uro, ni Schengen… un comble quand on entend aujourd’hui les commentateurs incrédules jusqu’ici. Cette Europe à la carte ne pouvait pas durer.

Que vous inspire la réaction de Nicolas Sarkozy qui propose la mise en place d’un « nouveau traité » européen s’articulant autour de 5 piliers, dont le premier serait la création d’un Schengen 2 ?

Nicolas Sarkozy ressort ses promesses électorales ; une vieille habitude. Il avait tenté en 2012 une première volte-face, tout en étant le chef de l’Etat en exercice, pouvant donc engager tout de suite ce qu’il promettait de faire plus tard. Ce même Nicolas Sarkozy était aussi l’homme qui avait réactivé le défunt traité sur la Constitution européenne, qu’il avait ardemment soutenue lors du referendum de 2005, ce qu’il avait déjà masqué durant sa campagne présidentielle de 2007. Elu, il avait successivement donné des gages à Angela Merkel, présidente du Conseil, le jour même de son intronisation, puis à Hans-Gert Pöttering, Président du Parlement européen, et à José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne. Il faisait ici la preuve de sa duplicité légendaire. Ce qu’il a confirmé par la suite en réintroduisant par la fenêtre, c’est-à-dire par la voie parlementaire, la partie « institutionnelle » du traité. C’était se moquer du monde, car c’est justement cette partie qui était constitutionnelle…Il venait de contourner l’expression du suffrage des Français en faisant adopter par le Congrès (réunissant Sénat et Assemblée Nationale en un même lieu) ce que le peuple venait pourtant de rejeter. Comment le croire aujourd’hui, puisqu’il a tant de fois menti hier ?!

Dans Le Matin Dimanche, Daniel Cohn-Bendit commente à sa manière le résultat du vote britannique. On peut notamment lire ceci : Oui, il y a des ouvriers  qui ont un réflexe d’angoisse régressive, mais on a déjà connu ça dans l’histoire. La majorité des ouvriers allemands ont voté contre les élites et pour Hitler en 1933.
Avez-vous un commentaire à faire sur ces propos?

Notre ancien collègue Cohn-Bendit n’en est pas à sa première absurdité. C’est un homme disposant d’un haut degré de variété dans les revirements ou les positionnements, ce que je lui avait rappelé il y a quelques années au Parlement. Je l’ai connu à l’université de Nanterre en 1968, pendant les grands mouvements étudiants d’extrême-gauche ; il était à l’époque anarchiste, il est aujourd’hui partisan du Nouvel ordre mondialiste, converti à la libre circulation de tous les flux : marchandises, humains, financiers…

Mais sa remarque n’est pas isolée. Je reprenais sur mon blog (gollnisch.com) les propos du très européiste écrivain britannique « à succès »  Robert Harris. Celui-ci  expliquait, quelques heures avant le vote outre-Manche,  qu’interroger le peuple  sur son avenir était une idée aberrante  au motif que le « système politique  (britannique) n’est pas conçu pour répondre à une seule question. La vie est bien trop compliquée pour la réduire à une simple réponse, oui ou non (…) ». La parole des experts, des élites, est donc tellement plus crédible ?

Il  existe pourtant ô combien de raisons formelles,  fondées, légitimes à cette défiance vis-à-vis de cette Union européenne là, de son évolution largement étrangère au génie européen, au message, aux  enseignements et aux valeurs de notre civilisation. Le propos de Daniel Cohn-Bendit et de tous ceux qui ont cherché cet apparentement avec le IIIe Reich constituent un cas très concret de point Godwin, cette « règle » qui consiste à expliquer ce moment où un participant à une discussion, ayant épuisé de son côté les arguments raisonnables, en vient à traiter l’autre d’Hitler ou de nazi. Les échanges constructifs se font de plus en plus rares, mais Cohn-Bendit nous identifie comme « régressifs ». Il voudrait peut-être que nous nous inclinions devant son intelligence foisonnante ? Il faudra pourtant qu’il comprenne que ses positions sont celles d’un vieux monde vermoulu…

Pensez-vous que l’Union européenne sera en mesure d’imposer des quotas de migrants aux différents pays membre compte tenu de la crise institutionnelle engendrée par le vote britannique? 

L’Union européenne n’en serait pas à un paradoxe près. Je vous le disais : ils n’entendent pas les peuples, pire cherchent à les contraindre à croire, accepter et pratiquer leurs dogmes fous. Je crois que rien n’arrêtera ces hommes tant que nous ne les changerons pas.

Cette question migratoire sensible a, malgré tout, déjà fait entrevoir quelques dissonances au sein des pays membres. L‘Autriche, la Hongrie, la Slovénie et la Croatie ont décidé de rétablir filtres et frontières dans la zone Schengen. Les 28 dirigeants de l’UE s’étaient ensuite prononcés dans une déclaration commune pour la fermeture de «la route des Balkans» empruntée par les migrants. Une manière pour les européistes de valider, dans la panique et a postériori, ces décisions prises unilatéralement, sans l’accord de Bruxelles. Il convient bien sûr d’être circonspect sur la méthode Coué, les responsables de l’Union déclarant alors que  « le flot des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à sa fin ». Cette Union européenne est totalement dépassée par les événements mais semble persister.

Selon l’ancien président tchèque Václav Klaus, « Il est de plus en plus évident que l’opinion publique européenne se réveille – et ce n’est plus possible de l’arrêter pour bien longtemps. » Partagez-vous son constat sur le réveil des peuples?

Oui, c’est d’ailleurs la première réaction que j’ai donnée après le résultat du référendum anglais : ce peuple britannique a démontré ses capacités de résistance à une campagne de pressions sans précédent, qui jouait sans vergogne de toutes les peurs injustifiées et de prédictions aussi calamiteuses que fantaisistes.

Majoritairement, ils ont infligé un camouflet sévère et mérité aux Euro-mondialistes qui, depuis des années, dévoient la coopération européenne, en édifiant méthodiquement la bureaucratie d’un « Super-État », véritable prison des peuples, tout en ouvrant les frontières à tous les flux de personnes, de marchandises et de capitaux, fussent-ils dévastateurs.
Si vous m’autorisez cette boutade, je n’avais jamais cru, en bon Français, admirer un jour le courage des Anglais ! Plus sérieusement, ils viennent d’ouvrir une voie que je crois empruntable par d’autres. Cela fait 40 ans que le Front National dit qu’un autre chemin, plus raisonnable, est possible. Le pays réel tend à prendre le pas sur le pays légal. Il faut soutenir nos efforts. Plus rien ne peut être considéré comme impossible !

Propos recueillis par Alimuddin Usmani, le 28 juin 2016

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