Entretien avec Alain Soral sur le Brexit et sur la mort de l’écrivain Dantec

inquiets_des_consequencesdubrexitdenombreuxbritanniquescherchent

Le 23 juin dernier, le peuple britannique a voté pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Entretien avec l’essayiste franco-suisse Alain Soral sur la signification de ce vote ainsi que sur la mort de l’écrivain Maurice G. Dantec, survenue tout récemment.

Alain Soral, quelle est votre réaction à ce vote en faveur du Brexit qui déjoue tous les pronostics des bookmakers?

Dans un premier temps, c’est une réaction de satisfaction puisque les électeurs anglais ne se sont pas soumis à la campagne d’intimidation et de menace assez délirante qui les incitait à voter pour le maintien dans l’Europe. C’est toujours encourageant de voir des citoyens ne pas se laisser manipuler, car les arguments les plus délirants et les plus mensongers provenaient plutôt du camp de ceux qui voulaient maintenir cette intégration dans l’Europe.

Est-ce qu’on assiste à cette Révolte des Nations qui est prophétisée dans le livre Comprendre l’Empire?

Oui j’espère, même si ce NON est un peu symbolique. Tout d’abord parce que l’Angleterre n’était pas vraiment dans l’Europe, il faut le rappeler, elle n’avait adhéré ni à l’Euro, ni à l’espace Schengen. Elle avait un peu le droit à une intégration européenne à la carte. Deuxièmement, parce que les financiers qui nous dirigent vont sans doute s’arranger pour vider cette sortie de l’Union européenne de son contenu concret. C’est plutôt une victoire symbolique qui marque effectivement un temps d’arrêt à l’intégration supranationale et mondialiste. Il y a l’espoir que cela peut donner envie à d’autres pays et pousser ses dirigeants à organiser, à leur tour, un référendum du NON. Cela pourrait effectivement être intéressant. C’est d’ailleurs amusant que, chez nous, ce soit Sarkozy, qui a entièrement trahi le NON de 2005 par le Traité de Lisbonne, qui propose aujourd’hui de faire un référendum en France. Ce qui veut bien dire que les hommes politiques professionnels sont prêts à tout et nous prennent vraiment pour des gens sans mémoire.

Vous avez évoqué les marchés financiers, ils ont réagi par une baisse significative des valeurs boursières. Quelle nuisance le Brexit peut-il représenter pour le pouvoir bancaire?

Franchement, je ne suis pas assez technicien pour le maîtriser. Je crois que c’est plutôt politique, ils punissent pour envoyer des signaux forts, mais si ça se trouve, tout cela va se rétablir dans les jours à venir. En fait, je pense que ça ne change pas grand chose à la finance supranationale, je ne pense pas que cela soit vraiment un frein. Par contre, par rapport au projet mondialiste, qui est un projet idéologique et quasi-religieux, c’est sûr que les sanctions sont plutôt volontaires, ce sont des châtiments plutôt que des conséquences mécaniques auto-générées. C’est ce que je vois.

La veille du résultat BHL avait twitté : Défaite probable du Brexit. Déroute, donc, des souverainistes, des xénophobes, des racistes. Reste, maintenant, á refonder l’Europe.

Le lendemain il a écrit : Mauvais pronostic. J’avais peine à imaginer que le peuple britannique fasse ce choix, à mes yeux suicidaire. Sorry.

Avez-vous un commentaire à faire à ce propos?

Oui, les choix et les goûts de Bernard-Henri Lévy sont toujours en exacte opposition aux choix, aux goûts et aux intérêts des peuples. C’est ce qu’il appelle le populisme, c’est-à-dire qu’il est vraiment l’ennemi du peuple et l’ennemi des peuples. Je redis ce que j’ai déjà dit : quand on veut savoir quelle opinion il faut avoir sur un sujet politique, il faut toujours se renseigner sur l’opinion de Bernard-Henri Lévy, et on sait qu’il est assez sain et assez juste de penser le contraire.

Le vote aura probablement des implications sur la France. Marine Le Pen a-t-elle l’envergure pour tirer bénéfice de ce vote britannique?

Il est certain que le seul personnage politique d’envergure qui peut tirer parti de ce vote, c’est Marine Le Pen. On peut être critique envers Marine Le Pen et le Front National actuel, c’est quand même le seul parti qui peut le faire. Il y a aussi Asselineau qui ne pèse toutefois pas très lourd et dont tout le combat est mené, non pas contre l’Union européenne, mais contre le Front National, ce qui est assez ambigu et révélateur. Marine Le Pen est effectivement la seule qui peut tirer les marrons du feu. Je pense que ça lui fait du bien en ce moment, après son échec des régionales, de voir que le Front national serait, en tant que parti souverainiste, dans le sens de l’Histoire.

Est-ce que le Brexit affaiblit la position de l’UE sur sa politique migratoire, sachant qu’elle cherche à imposer des quotas de migrants à plusieurs pays membres?

Oui, je pense que c’est ce qui a le plus de mal à passer, y compris en Allemagne parce que l’on sait que ce pays est, sur le plan bancaire, le plus grand bénéficiaire de l’Union européenne. C’est une Union européenne pour l’Allemagne et l’euro est, en fait, une monnaie allemande qui favorise le commerce allemand et pénalise à peu près tous les autres. Le seul moment où ça grince en Allemagne, c’est sur les quotas de migrants. C’est le truc qui ne passe en réalité nulle part. Tout cela, c’est en fait parce que les technocrates mondialistes vont vraiment trop loin. Ils ont un calendrier de métissage intégral pour la destruction des peuples, ils ne veulent pas seulement la libre circulation des marchandises en supprimant les frontières, ils veulent la destruction des identités culturelles, la marchandisation de tout, et la réduction de tout au marché. C’est comme ça qu’il faut le comprendre et c’est d’ailleurs là, la limite. C’est là où ça ne passe pas. On peut même parler d’une sorte de limite anthropologique. C’est bon signe car je ne vois aucun pays en vouloir, au niveau des peuples, à part évidemment au niveau des dirigeants corrompus et vendus et  des crétins du gauchisme trotskyste qui, eux, sont des vendus à leur insu. Ce sont les éternels idiots utiles du grand capital, métisseur, parasite, mondialiste et cosmopolite.

J’ai une dernière question qui n’a pas grand chose à voir avec le Brexit, on a appris aujourd’hui la mort de l’écrivain Dantec, qui avait 57 ans. Est-ce que vous avez une réaction par rapport à sa mort?

Déjà c’est triste parce que c’est un type qui avait exactement mon âge, c’est un type qui était de ma génération, en réalité on avait un tas d’amis en commun car il venait de la bande d’Ivry-sur-Seine. Il ne faut pas oublier qu’il avait commencé à l’extrême-gauche. Je travaille aujourd’hui avec un de ses meilleurs amis, Eric, au Vénézuela, puisque je travaille avec une petite PME de dessins animés. Ce qui est triste, c’est que Dantec avait évolué vers le néo-conservatisme, qui est pour moi la véritable extrême-droite. Il l’a fait de façon assez étrange car au départ, il venait de l’extrême-gauche. Ce qui est triste également, pour une double raison, c’est qu’il est mort pour avoir, à mon avis, abusé de stupéfiants. Il avait un corps fragile et je crois qu’il a vraiment abusé de produits, à une époque où il ne se rendait pas compte des conséquences à terme. Il vient de le payer. J’ai d’autres amis qui sont morts de cirrhose, à peu près au même âge. Ce sont des gens qui ont tous abusé d’alcool, de drogues, et souvent d’un mélange des deux. Ce qui est triste, c’est qu’en fait il prenait ces produits pour l’aider à écrire et il avait l’illusion qu’écrire facilement et beaucoup grâce à ces produits faisait de lui un bon écrivain. Malheureusement, il en est mort, et en réalité ça le faisait écrire assez mal. Je sais, et tous les écrivains sérieux le savent, que l’écriture sous addiction est une écriture illusoire. C’est-à-dire qu’on trouve ça très spectaculaire sur le moment et, quand on relit après la descente, il n’y a pas grand chose à garder. Dantec est mort pour avoir choisi cette facilité d’écriture qui a non seulement détruit son corps, mais n’a également pas fait de lui un grand écrivain. Il ne restera, à mon avis, pas grand chose des écrits de Dantec et surtout pas de ses écrits polémiques et politiques, qui étaient de très mauvais niveau. Je disais que c’était du Nietzsche pour « hardeux ». Néanmoins, c’était quand même un petit personnage et je ne me réjouis pas du tout de sa mort, cela me fait de la peine. C’est un type de plus de mon époque et de ma génération qui disparait. Je dis, comme on doit dire normalement quand on est un bon chrétien, paix à son âme, et je présente mes condoléances à ses proches et à sa famille. Qu’il repose en paix.

Propos recueillis par Alimuddin Usmani, le 27 juin 2016

Be the first to comment on "Entretien avec Alain Soral sur le Brexit et sur la mort de l’écrivain Dantec"

Leave a comment

Your email address will not be published.


*