Entretien avec Jean Bricmont

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Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 représentent un événement contemporain assez marquant et traumatisant pour la Belgique. Entretien avec l’essayiste et physicien belge Jean Bricmont :

Jean Bricmont, votre pays la Belgique a subi une attaque terroriste d’une ampleur inégalée. Qu’avez-vous ressenti le 22 mars dernier?

Un peu la même chose que pour les autres attaques, vu que je ne connaissais personne dans les victimes et que je ne fais pas de différence entre elles en fonction de leur nationalité.

Il est évident qu’on est devant un problème de terrorisme mondial et il n’y a pas de raison d’espérer que la Belgique y échappe.

Les auteurs présumés des attentats terroristes en France et en Belgique, semblent avoir souvent le même profil, ils ont un passé délinquant et ont été ré-islamisés de manière superficielle. Comment expliquez-vous le nombre aussi important de recrues « belges » au sein de l’EI?

Franchement, je n’ai pas d’explication, mais je ne suis pas sûr que quiconque en ait une. Tout le monde ou presque aime critiquer la gestion supposée laxiste ou communautariste de l’ancien maire (bourgmestre) de Molenbeek, mais on fait face à un phénomène mondial. Va-t-on analyser ce qui se passe dans la municipalité d’Algérie ou de Tunisie qui a fourni le plus grand nombre de terroristes?

Comment jugez-vous la politique du gouvernement belge qui a fait venir de nombreux travailleurs marocains dans les années 60 et 70 et qui a permis le regroupement familial?

D’abord, personne ne prévoyait dans les années 60 et 70 ce qui allait se passer. Ensuite, il y avait effectivement un besoin de main d’oeuvre peu qualifiée, à cause de l’ascension sociale de nombreux Belges, conséquence de la démocratisation de l’enseignement. On peut dire que c’est le patronat qui avait besoin de cette main d’oeuvre, mais ce n’est pas si simple, parce que le coût de la main d’oeuvre peu qualifiée, si elle avait dû être restreinte à la population belge, aurait été très élevé. Faire travailler dans des mines des gens diplômés n’est pas si facile que cela, à moins de les payer très cher.

Pour ce qui est du regroupement familial, je ne vois pas bien ce qui aurait pu être plus inhumain comme attitude que de le refuser.

Le 27 mars dernier, 300 personnes se revendiquant comme des hooligans ont investi la place de la Bourse en fustigeant la politique du gouvernement belge. Que pensez-vous de cette action?

Beaucoup de bruit pour rien. D’une part, certains ont hurlé au fascisme, comme ils ont l’habitude de le faire, mais ces gens ne représentent rien d’organisé. D’autre part, je comprends que certains, les « hooligans », soient en colère après ce qui s’est passé. Mais leur attitude est totalement contre-productive.

Ce qu’il faudrait, c’est discuter avec les musulmans, sans les stigmatiser mais en essayant de mettre en question
les fondements de leurs croyances religieuses. En général, soit on les attaque sur le plan moral, parce qu’ils ne « partagent pas nos valeurs », mais sans leur donner de raison de les partager. C’est là, l’attitude dominante dans les médias. Il existe par ailleurs une minorité qui cherche à combattre ce qu’ils appellent l’islamophobie, en défendant la religion en tant que telle et pas seulement les droits individuels des musulmans.

Il faudrait revenir à une mise en question rationnelle de la religion, comme cela a été fait en Europe pendant des siècles et a abouti à l’affaiblissement du christianisme (qui a pu être, dans le passé, tout aussi fanatique que l’Islam); Cette mise en question devrait viser à permettre aux musulmans de s’affranchir du poids de leurs imams et de leurs familles et devrait leur être présenté positivement plutôt que négativement, comme un rejet global de leur culture.

Propos recueillis par Alimuddin Usmani

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