Expulsion d’une des figures de No Bunkers

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Pablo Cruchon, secrétaire de SolidaritéS, vient de publier une lettre ouverte au Conseil d’Etat où il annonce que le ressortissant Khaled Messaoudi, une des figures du mouvement No Bunkers, (qui s’oppose à la réinstallation de demandeurs d’asile dans des abris de la Protection civile) a été expulsé ce mercredi 20 janvier vers la Tunisie. Voici la reproduction de la lettre publiée sur le compte Facebook de Pablo Cruchon :

Lettre ouverte au Conseil d’État contre les modalités d’expulsion d’un des membres de No Bunkers, au mépris de ses droits élémentaires. Nous, signataires de cette lettre ouverte, dénonçons les conditions d’arrestation et de détention de Monsieur K. ainsi que les circonstances de son expulsion par vol spécial le 20 janvier 2016.

K., ressortissant tunisien âgé de 30 ans, présent en Suisse depuis plus de trois ans et engagé cet été dans la lutte contre l’hébergement des migrants en abri PCi, a été expulsé par vol spécial hier. Après une arrestation extrêmement problématique, un emprisonnement inutile et injustifié, il a été expulsé par le truchement d’un des tristement célèbres vols spéciaux. Alors même qu’il était disposé à quitter le territoire suisse et que son avocate a sollicité les services de Pierre Maudet à ce propos, ceux-ci n’ont pas daigné lui répondre et se sont entêtés à procéder à un renvoi sous contrainte, ne respectant pas les garanties élémentaires de procédure et en dépensant pour ce faire des milliers de francs du contribuable.

Arrestation à l’Office cantonal de la population et de la migration (OCPM)
Le 30 novembre, M. K. a été arrêté dans les locaux de l’OCPM alors qu’il venait renouveler son droit à l’aide d’urgence (soit 280.-/mois). Ces méthodes et la mise en détention de Khaled ont été justifiées par les autorités par le risque prétendu qu’il passe dans la clandestinité pour se soustraire à son renvoi et ainsi rester en Suisse. Cet argument ne tient pas, d’une part, car ce dernier s’est présenté régulièrement aux autorités, a toujours rempli ses obligations auprès de l’OCPM et était logé par l’Hospice général. D’autre part, parce qu’il a été l’un des délégués de No Bunkers lors des négociations avec le Conseiller d’État, M. Poggia, d’août à novembre 2015, soit 15 jours avant son arrestation. Comment considérer qu’un individu tente de se soustraire aux autorités quand il les rencontre toutes les deux semaines et que de surcroit elles l’hébergent ?
Les arrestations à l’OCPM – que les migrants sont obligés de fréquenter non seulement pour percevoir l’aide d’urgence, mais aussi pour éviter toute sanction dans la suite de leur procédure – sont inadmissibles. En effet, le droit à des garanties minimales d’existence, conformes à la dignité des personnes, est garanti par la Constitution et la loi. Or, l’aide sociale est ainsi instrumentalisée par les autorités policières comme moyen de contrôle et de contrainte. Ces pratiques – que le canton de Vaud notamment s’interdit d’employer – contribuent à rompre irrémédiablement le lien de confiance entre les usagers et les autorités, poussant ainsi les personnes migrantes à rentrer dans la clandestinité.
Partir dignement
M. K. ne s’est pas opposé à son départ et a simplement demandé à pouvoir partir dans la dignité: pouvoir faire ses adieux à ses amis, régler ses dossiers administratifs et récupérer ses affaires.
Au lieu d’admettre qu’il serait plus humain et moins coûteux de le laisser s’en aller de lui-même, les services de Pierre Maudet ont prévu au plus vite un premier vol de retour qu’il a refusé. Un deuxième vol a été organisé, sous la contrainte, juste avant Noël, au cours duquel M. K. a été menotté et a subi pressions physiques et psychologiques de la part de la police. Ce vol fut annoncé un jour avant d’avoir lieu, privant ainsi M. K. de la possibilité de connaître l’issue du recours qu’il avait formé contre sa détention administrative. Alors que des démarches pour obtenir la libération de K. étaient en cours et qu’il a réitéré sa ferme résolution de quitter la Suisse si on le libérait, les services de M. Maudet ont préféré laisser les courriers de son avocate sans réponse pendant plus d’un mois et affréter un vol spécial. Cet acte, d’une violence inouïe, dégradant et inhumain, est parfaitement absurde face à une personne disposée à s’en aller et donc injustifiable.
Par ce courrier, nous dénonçons ces pratiques et la politique actuelle du Canton de Genève dans la gestion des questions migratoires. Arrestation, emprisonnement et expulsion dans des conditions inhumaines ne peuvent et ne doivent pas être notre manière d’accompagner ou de raccompagner les personnes qui demandent notre aide.
Avec le soutien de : Perce-frontières (No Bunkers), SolidaritéS Tattes, solidaritéS, Parti socialiste genevois, les Verts

 

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