Entretien avec la journaliste et blogueuse controversée Zipporah Gene Goetze

la blogueuse Zipporah Gene Goetze

Traduit de l’anglais

 

Joseph Navratil s’est entretenu avec Zipporah Gene Goetze, blogueuse et journaliste indépendante britannique d’origine égypto-nigériane et résidant à Bangkok. Elle s’est fait connaître en septembre dernier dans le monde afro-descendant anglophone pour un article[i] controversé paru sur le site américain Those People[ii] qui lui a valu un grand soutien mais aussi de nombreuses réactions violentes.

 

Joseph Navratil  : Vous êtes l’auteur d’un article intitulé « Amérique Noire, arrête s’il-te-plaît de t’approprier l’habillement africain et [ses] signes tribaux ». Pouvez-vous brièvement expliquer les raisons de la rédaction de cet article, pourquoi sa publication a provoqué une controverse et les répercussions de sa publication sur votre vie personnelle ?

Zipporah Gene Goetze : La source de cette article ce trouve dans de nombreuses conversations que j’ai eues au fil des années. Cependant, ce n’est qu’après avoir vu les photos du festival Afropunk[iii] que j’ai décidé d’écrire à ce sujet. C’était un sujet qui revenait souvent donc  cela n’a pas choqué autour de moi lorsque j’ai décidé d’écrire dessus de manière si candide. En voyant certaines des réactions crée par la publication de cet article, je me rends compte à présent de la chance que j’ai d’être entourée par un groupe d’amis noirs aussi ouvert et varié, disposé à discuter d’une thématique aussi brûlante. Nous sommes à l’aise lorsqu’il s’agit de débattre même des sujets les plus sensibles, mais il est clair que nous sommes l’exception et non pas la règle.

Le besoin pour de nombreux afro-américains de tisser un lien avec leurs racines n’a certainement rien de nouveau, il y avait déjà dans les années ’60, un mouvement afrocentriste/panafricain et de nombreuses tentatives similaire même avant, mais avec l’émergence des médias sociaux, ce mouvement est devenu plus glamour et mainstream. Pour ma génération, c’est relativement une chose récente d’accepter avec fierté le lien entre le monde occidental dans lequel nous vivons et notre héritage africain, quel que soit celui dont on se revendique.

Le sujet lui-même mis de côté, je pense que cela a provoqué une controverse car dans la communauté noire, l’idée de critique est elle-même tabou. Il y a clairement une culture presque monolithique de la définition d’être noir, qui est étroitement liée à la (aux) culture(s) de l’Amérique noire. Pour ma part, je ne pense pas que cela soit sain, mais ça, c’est une autre histoire…

En somme, on ne peut nier que les minorités ethniques, d’une manière ou d’une autre, se sentent brimées en général par les sociétés dans lesquelles elles se trouvent et l’idée qu’elles  parlent des problèmes qui existent en leur propre sein n’est jamais vraiment bienvenue.

J.N.  Pouvez–vous commenter le scandale provoqué aux Etats-Unis en juin dernier par l’activiste des droits civiques Rachel Dolezal, qui se faisait passer pour une noire alors qu’elle est blanche ?

Z.G.G  Je suis plutôt réticente de nature lorsqu’il s’agit de commenter des problèmes raciaux. Quoi qu’il en soit, vu de l’extérieur, une part importante du tumulte entourant cette affaire est dû à la dynamique en Amérique. Il y a, et c’est compréhensible, une grande colère refoulée et de ressentiment envers le racisme institutionnel qui marginalise et persécute les non-blancs. A en juger par la manière dont l’actualité est remplie quotidiennement d’exemples de brutalité policière, nul ne peut nier que cette [situation] est endémique à la société étasunienne.

Dolezal, en étant blonde aux yeux bleus, symbolise la notion de « blanc privilégié » et beaucoup l’ont perçue comme singeant ou jouant les noires.

Personnellement, je pense que la question de son « identification » ou « sentiment » d’être noire est sans importance pour le public en général ; peu importe ce que les gens disent, son identité lui appartient et lui appartiendra toujours. Mais ce qui est clair, c’est que les gens ont été déconcertés par la durée sur laquelle elle a agi de la sorte, autant que par le niveau [hiérarchique] qu’elle a atteint au sein de l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP pour son sigle en anglais). Lors de la frénésie médiatique provoquée par ce cas, beaucoup de personnes n’ont pas réalisé que cette femme a clairement dédié une grande partie de sa vie aux Droits Civiques aux Etats-Unis et à l’Africanisme. Tout cela n’aurait pas pu n’être qu’un jeu pour elle.

Une participante à l’édition 2015 du festival Afropunk (crédit photo Erica Jones)

Une participante à l’édition 2015 du festival Afropunk (crédit photo Erica Jones)

 

 

 

[i] https://thsppl.com/black-america-please-stop-appropriating-african-clothing-and-tribal-marks-3210e65843a7

[ii] https://thsppl.com/, le site se définit lui-même comme “Un magazine noir pour des gens trop hip pour les magazines noirs »

[iii] Ce festival de musique a été décrit par le New York times comme “le festival le plus multiculturel des Etats-Unis”.

 

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