La lutte idéologique plie face au billet vert : une bonne chose ?

Les bouleversements que connaissent dernièrement les relations internationales, plus précisément le réchauffement des relations entre les Etats-Unis et Cuba, qui culmina le 20 juillet 2015 par la réouverture des représentations diplomatiques étasuniennes à cuba et vice-versa, montrent que sur le long terme, les intérêts économiques l’emportent sur le combat idéologique. Mais pour ne pas juger de manière hâtive la démarche du président cubain, revenons sur les épreuves, que l’île découverte par un certain Don Christobal en 1492, a traversées depuis la révolution des barbudos de 1958.

 

En 1962, suite aux nationalisations effectuées par le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, les Etats-Unis ont décrété un embargo commercial à l’encontre de Cuba. L’île vécut alors sous perfusion, de l’aide de ses alliés soviétiques et autres membres du pacte de Varsovie, qui achetaient la production sucrière de l’île et fournissaient le pétrole à des conditions préférentielles.

A partir de mars 1962, les cubains durent utiliser des livrets de rationnement pour faire leurs courses. Avec la dislocation de l’Union soviétique en décembre 1991, l’Etat insulaire se retrouva sans ses partenaires économiques et commerciaux traditionnels. Le fait de s’être orienté vers une monoculture sucrière était un facteur handicapant pour le commerce de l’île.

Face à une crise économique inquiétante, dont une chute des échanges commerciaux de 80 pourcents pour l’année 1993 et une chute du PIB de 36 pourcents entre 1990 et 1993, l’Etat entreprit des réformes dans le domaine de l’agriculture. Cette crise produisit des changements dans la société cubaine qui dû revoir à la baisse sa consommation d’hydrocarbures et se retrouva face à une pénurie de produits de première nécessité. Les coupures de courant faisaient partie du quotidien des cubains qui durent s’habituer à la débrouille pour s’en sortir. Cette période de crise, nommée Período especial (Période spéciale), dura jusqu’en 1997.

Avec l’arrivée au pouvoir au Venezuela d’Hugo Chavez en 1998, Cuba tissa des liens économiques forts avec ce pays d’Amérique du Sud qui lui fournit les hydrocarbures tant convoités. Malgré tout, le poids de l’embargo étatsunien continua à se faire sentir sur la plus grande île des Caraïbes et ce d’autant plus après la mort de Chavez en mars 2013.

C’est finalement sans grande surprise que nous vîmes Raul Castro accepter la main tendu par Obama au sujet d’un rapprochement entre Cuba et le géant américain. Certains signes de ce changement à venir furent par ailleurs visibles par le passé, comme par exemple la dépénalisation du dollar en 1993 ou la levée partielle de l’embargo sur certaines céréales et médicaments dans le cadre du Trade Sanction Reform and Export Enhancement Act passé sous Bill Clinton. N’oublions pas que La Période spéciale a marqué la société cubaine jusque physiquement et socialement car les enfants naissaient plus petits et plus maigre et qu’il se produisit une augmentation des avortements, du tabagisme, de l’alcoolisme, de la prostitution, de la criminalité et de la corruption.

En tenant compte de ces éléments, nous comprenons que Cuba n’avait d’autre choix que de céder face aux Etats-Unis. Les discours idéologique rencontrent malheureusement leur limites face aux tracas du quotidien d’une population victime d’un embargo qu’elle n’a pas provoqué, contre lequel elle ne peut rien et dont elle est la seule à souffrir.

Il est facile de condamner Raul Castro pour trahison, pour avoir accepté de pactiser avec le diable et d’avoir quelque part abandonné le rêve socialiste, mais un jugement juste et pondéré reconnait au contraire qu’il a agi pour le bien de son peuple en acceptant de renouer des relations diplomatiques entre son pays et les Etats Unis d’ Amérique.

 

Pour conclure, il faut avoir en tête que les Etats-Unis se sont rapproché de Cuba, comme d’ailleurs de l’Iran, car ils y voyaient de nouveaux marchés pour leur entreprises. En se rapprochant de Cuba, ils évitèrent aussi un rapprochement de cette dernière avec la Russie. Toutes les autres raisons invoquée par les USA sont donc secondaires ou mêmes fallacieuses. Cuba pris la bonne décision en se rapprochant des Etats-Unis car son isolement avait des conséquences désastreuses pour sa population, même si nous n’occulterons pas les effets positifs que peut avoir le socialisme, tels que les excellentes conditions sanitaires et un taux d’alphabétisation de cent pour cent. Que penserait Ernesto « Che » Guevara de tout cela et est-ce que les Etas-Unis finiront par rendre un jour la base de Guantanamo ? L’avenir répondra peut-être un jour au moins à la seconde question…

Joseph Navratil

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