Darbellay : «La libre circulation des personnes nous a mis dans une position plus confortable»

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Source : bluewin.ch

Là où d’autres cherchent à capter l’attention de l’opinion publique en exposant des positions extrêmes, le PDC, bien qu’un peu en retrait, cherche à proposer des solutions durables. C’est d’ailleurs ainsi que Christophe Darbellay, président du PDC, voit son parti. Lors d’une interview accordée à Bluewin, l’homme politique a expliqué ce qu’il pensait du deuxième vote concernant l’initiative contre l’immigration de masse et s’est confié sur son rôle de père.

Christophe Darbellay, quel est le problème que la Suisse doit résoudre en priorité?

Nous devons rapidement clarifier notre rapport à l’UE. Depuis que nous avons dit oui à l’initiative contre l’immigration de masse (IIM), il n’y a plus que des chantiers un peu partout. Nous devons trouver des solutions qui répondent au désir du peuple et ne mettent pas les accords bilatéraux en péril.

C’est la quadrature du cercle; personne ne connaît vraiment la solution. Faut-il un deuxième vote?

Beaucoup en parlent, mais personne ne sait pour l’instant quel serait le contenu d’un tel vote. Je ne suis pas favorable à la suppression de l’article 121 de la Constitution. Le peuple l’a voulu. Il est beaucoup plus important d’ancrer la voie bilatérale dans la Constitution.

Cependant, cela ne permettrait pas encore de sortir de l’impasse. Concrètement, comment l’IIM doit-elle être appliquée?

La Suisse a besoin d’un certain niveau d’immigration pour rester innovante et compétitive. Avec l’instauration d’une clause de sauvegarde permanente, la situation tant espérée pourrait enfin être atteinte. Ainsi, nous pourrions nous protéger de l’immigration excessive et préserver les accords bilatéraux, par la même occasion. De plus, il convient de mieux exploiter le potentiel du pays: femmes, travailleurs de plus de 50 ans. Enfin, dans les trois à dix ans à venir, nous devrons former les jeunes aux métiers pour lesquels il existe une pénurie de main-d’œuvre: horlogers, ingénieurs, médecins, personnel soignant.

Ces dernières années, la Suisse a engagé beaucoup de travailleurs étrangers déjà formés pour travailler dans le secteur de la santé.

C’est exact. Moins d’un tiers des médecins dont on a besoin sont formés en Suisse. C’est un triste constat pour le pays. La libre circulation des personnes a beaucoup apporté à notre pays, c’est indéniable – pas pour tout le monde, mais pour moi oui (il sourit). Cependant, elle nous a également mis dans une position trop confortable, nous a donné la sensation que nous pouvions nous reposer sur nos lauriers. Nous devons à nouveau investir davantage dans la formation. C’est cher, certes, mais on ne peut pas avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre.

Le PDC fait souvent pencher la balance lorsque la gauche et la droite cherchent à réunir des majorités. Cette oscillation entre les deux côtés vous apporte-t-elle une certaine satisfaction?

Le pays a besoin de bon compromis à la Suisse. Et c’est là que nous entrons en jeu. La plupart du temps, nous parvenons à faire passer nos propres positions. Cependant, elles finissent très souvent par disparaître dans le tumulte des opinions du centre, car les positions extrêmes ont tendance à être beaucoup plus attrayantes. C’est comme au football: si l’arbitre siffle à bon escient, personne ne conteste son jugement. En revanche, s’il fait mal son travail, tout le monde le déteste.

Votre parti n’est pas toujours unanime, comme pour l’instant, en ce qui concerne la question de l’ouverture du deuxième tunnel routier du Saint-Gothard. Votre fonction de président de parti vous procure-t-elle du plaisir?

Différentes positions sont représentées au sein du PDC. Cela fait partie des caractéristiques intrinsèques d’un parti populaire du centre. Globalement, nous formons un parti plus uni et plus efficace qu’auparavant. Et pour répondre à votre question, ma fonction me procure énormément de plaisir. Certes, mon travail est parfois complexe, et la pression qui pèse sur nos épaules est souvent importante. Le PS et l’UDC aimeraient avoir un pourcentage de voix plus élevé, mais leurs positions extrêmes font rarement mouche. C’est pourquoi je préfère être président d’un parti qui assume ses responsabilités et contribue de manière décisive à trouver des solutions qui profitent au pays.

Le PDC se considère comme un parti familial. Vous êtes vous-même papa de trois enfants. Vous occupez-vous souvent d’eux?

Le mercredi après-midi est réservé à mes enfants. C’est un rendez-vous fixe dans mon agenda. Naturellement, dès que c’est possible, je passe également mes week-ends en famille.

Vous êtes un homme très occupé. Arrivez-vous donc toujours à honorer vos engagements familiaux? En toute sincérité.

Ça fonctionne plutôt bien. Sauf durant les sessions du Conseil national, car je dois alors me rendre à Berne.

De nombreuses femmes aimeraient que leur mari travaille à temps partiel. Ce serait un véritable soulagement pour elles. Pourquoi les hommes ont-ils du mal avec ça?

Dans les postes de direction, particulièrement, la mise en place de régimes de travail à temps partiel peut être liée à une question de statut. Cependant, nous devons revoir notre façon de penser. De plus en plus de jeunes hommes actifs souhaitent passer plus de temps avec leurs enfants. Il suffirait pourtant que quelques volontaires montrent l’exemple ou que le ministre de l’Économie aborde le sujet.

Ne faudrait-il pas instaurer un quota de travailleurs à temps partiel, par exemple?

Je suis opposé à toute forme de quotas, qu’ils concernent les hommes ou les femmes. Les quotas sont un signe d’infériorité et n’ont aucune chance de mener au but visé.

La prévoyance vieillesse constitue un des autres grands chantiers du moment…

… un projet titanesque dont on ne parle presque pas, mais qui est pourtant en pleine ébullition. Malheureusement, on préfère débattre de l’affaire du Kazakhstan ou encore de la hauteur des minarets.

La réforme des retraites de 2020 du conseiller fédéral Alain Berset comporte également quelques dossiers chauds auxquels les politiciens n’ont pas envie de se frotter.

C’est vrai. Les partis de gauche ne soutiennent pas leur propre conseiller fédéral, car, à leurs yeux, la réforme va trop loin. Et l’UDC se défile dès qu’il faut de l’argent pour soutenir le projet.

Et vous, que pensez-vous de ce projet? Êtes-vous favorable à une augmentation de l’âge de la retraite des femmes ainsi qu’à une baisse du taux de conversion du deuxième pilier?

La proposition d’Alain Berset constitue une bonne base de discussion. Le Conseil des États examine le projet avec circonspection. En ce qui concerne le Conseil national, je suis plutôt défaitiste.

Vous ne répondez pas à la question.

Je suis prêt à faire passer l’âge de la retraite des femmes à 65 ans ainsi qu’à réduire le taux de conversion en guise de solution pour la génération de transition. Le principe de solidarité est au cœur de l’AVS. Il est donc normal que la génération active paie pour les retraités. Dans le deuxième pilier, en revanche, il est totalement contraire au système de prélever des montants astronomiques sur le dos des jeunes en faveur des vieux. C’est une bombe à retardement.

L’élévation de l’âge de la retraite à 65 ans sera-t-elle suffisante? Ou la retraite à 70 ans deviendra-t-elle bientôt la norme?

La question n’est pas de savoir s’il faut fixer l’âge de la retraite à 65 ou 70 ans. Selon moi, il serait intéressant d’instaurer un âge de référence de 65 ans. Cependant, on devrait pouvoir choisir librement le moment de son départ à la retraite entre 62 et 70 ans. Le problème aujourd’hui, c’est que les gens partent en moyenne plus tôt à la retraite. Ce ne sera pas tenable sur la durée. Il faut donner envie aux gens de travailler plus longtemps. Je connais d’ailleurs pas mal de personnes de 80 ans qui se rendent encore au travail tous les jours. Avec le sourire aux lèvres.

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