Quand la musique classique rencontre l’art numérique

Source : signegeneve.ch

Par Alimuddin Usmani

Le 4 juin prochain aura lieu le concert intitulé « Entre Ciel et Terre … », à l’Abri, espace culturel pour jeunes talents. Rencontre avec Jan Svec, fondateur de Soprania (agence créatrice ou organisatrice de concerts de musique classique, contemporaine et de jazz en Suisse, mais aussi dans d’autres pays européens) et Juan D. Molano pianiste et chef d’orchestre, né en Colombie, ayant notamment fait ses études au Conservatoire de Lausanne.

AU : Jan Svec, Soprania propose un concert intitulé « Entre Ciel et Terre … » qui est présenté comme une rencontre entre la musique classique et l’art numérique. Expliquez-nous en quoi ce concert interdisciplinaire est unique en son genre?

JS : Ce projet audiovisuel relève du VJing, expression des arts numériques qui consiste à mixer en temps réel des vidéos et images en symbiose parfaite avec les musiques concernées. Je vais accompagner visuellement les musiques de Bach, Chopin, Debussy et Moussorgski interprétées par un extraordinaire pianiste du nom de Juan David Molano.

AU : Lors de ce concert vous officierez donc en tant que vidéo-jockey (VJing), vous serez à l’origine d’une animation visuelle projetée sans plus d’indication sur les techniques utilisées ou les choix graphiques effectués. Pouvez-vous nous éclairer un peu sur le travail préparatoire de cette performance visuelle en temps réel?

JS : Je travaille depuis plus de deux ans pour ce concert. J’ai préparé toute une panoplie d’images et de vidéos à cet effet. Cette sélection fait partie de mes 600 archives vidéos toujours prêtes pour la musique et pas seulement …
J’ai reçu aussi certaines vidéos de supporters, notamment celles d’un pilote d’avion, d’un skieur de l’extrême ou encore d’un professionnel du parapente. Je suis très satisfait de leur collaboration à ce projet.
Suite à mes rencontres avec Juan nous avons essayé de construire des tableaux qui accompagnent la forme de musique classique et ses thèmes. Et à l’aide de mon ordinateur, avec un programme visuel et d’équipement électronique, j’ai mélangé des animations vidéo simultanément en « live »par rapport des thèmes musicaux, j’espère de la même manière que la régie de la RTS …(rire).

AU : Le programme de ce concert regroupe les noms les plus prestigieux de la musique classique (Bach, Chopin, Liszt notamment). Ne craignez-vous pas de choquer certains puristes en associant leur musique à l’art numérique?

JS : Dans un tel contexte, nos objectifs sont de pouvoir proposer de la musique classique au grand public. Aujourd’hui, pour moi, les gens sont hypermodernes. C’est-à-dire qu’ils sauront accepter la musique classique en communion avec la technologie visuelle. Mon but est vraiment de pouvoir utiliser les nouveaux outils technologiques de notre époque avec des partitions immortelles.

AU : Juan David Molano, dites-nous ce qui vous a séduit dans ce projet musical innovant?

JDM : L’idée déjà d’explorer dans la très vaste boîte à images de Jan les diverses émotions et atmosphères qui parcourent les pages de la musique dite « classique » a attiré tout d’abord mon attention. Un projet qui se veut intégrateur de plusieurs disciplines et qui permet au public d’avoir des nouvelles expériences dans le langage artistique, m’est très cher. Avec Jan nous essayons par cette première collaboration de rapprocher les langages de la vidéo production avec de la musique classique et de créer un cadre commun entre la culture classique et la culture moderne, un espace où l’on quitte un certain cadre de la salle de concert pour aller retrouver des espaces plus habituels au jeune public. Le concept en soi n’est pas tout à fait nouveau. Des projets comme celui des opéras de Rameau à Paris, par exemple, qui combinait des projections vidéo et Breakdancers avec des chanteurs et musiciens baroques ont déjà marqué bien des esprits. Moi-même, j’ai déjà utilisé la vidéo dans deux productions d’opéra de chambre de Wolf-Ferrari et de X. Montsalvatge. Mais jamais à vrai dire dans un récital de piano, qui pour moi est beaucoup plus intime.
La nouveauté du projet est surtout dans la manipulation vidéo en temps réel et la musique classique en « live », en essayant de réagir sur le moment aux nuances et aux différents discours musicaux que j’exprime au piano.

AU : Vous vous êtes engagé en faveur d’une passerelle musicale entre Genève et la Palestine.
Avez-vous des nouvelles des 4 jeunes Palestiniens venus suivre des cours au Conservatoire de musique lors de l’été 2010?

JDM : Je visite la Palestine depuis 2011 et depuis, j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de jeunes musiciens palestiniens très doués et déterminés. L’un deux, Moustafa (un de ces 4 jeunes musiciens que vous mentionnez) fait un parcours très brillant avec son violon. Je l’ai vu tout récemment à côté du célèbre Nigel Kennedy aux Proms de Londres. Son frère, Omar, qui a refusé d’effectuer son service militaire en Israël lorsque il a été appelé au lendemain de ses 18 ans, a été en prison pour presque une année, plaidant qu’il fera toujours de la musique et jamais la guerre. Maintenant il fait des brillantes études d’alto en Italie. Je dois dire que lors de mes activités artistiques avec le Conservatoire Edward Saïd en Palestine (grâce à la Fondation Instrument de la Paix à Genève) je tire à chaque fois de belles leçons dans leur force de caractère et dans leur détermination.

AU : Quels sont vos prochains projets artistiques après ce concert?

JDM : Avec Jan nous allons étudier ensemble la grande partition de Modest Moussorgski intitulé « Tableaux d’une exposition ». Eventuellement, nous voulons inviter d’autres musiciens, comme le quatuor Saxos pour donner une nouvelle dimension à la « Rhapsodie in Blue » de George Gershwin en vidéo et en musique.

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